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    Qui vient de dire


                  

" Faut-il pleurer, faut-il en rire?...On ne voit pas le temps passer "

                                                                       Paroles extraites d'une chanson de Jean FERRAT

 

          Le balcon du dimanche

 

Fils d'émigrés espagnols, les premières années de ma vie ont naturellement flotté dans un brassage bilingue, nourri des discussions entre mes parents et leurs amis exilés, les chansons de Joselito, Luis Mariano, Gloria Lasso ou Sarita Montiel, les opérettes de Francis Lopez au cinéma, les facéties de Quevedo ou Quantiflas...Bien entendu, la cuisine fortement imprégnée d'huile d'olive parlait aussi ibérique: le cocido morzilla-chorizo, l'inévitable bacalao, le poulpe façon gallega, les mantecaos à digestion lente et les rousquilles délicieusement anisées. Question culture toutefois, le flamenco  ne prit une place de choix dans mes passions hispaniques que bien plus tard, à l'âge adulte. Mon père, réfugié politique de 39, loin de l'image stéréotypée de l'hidalgo maigre et élancé, cheveux noirs et teint halé, était trapu, une peau laiteuse et des yeux gris vert, un caractère trempé dans le marbre issu de ses montagnes austères de Galicia, que lui rappelait jusqu'à la tristesse, le cri suraigu et plaintif de la cornemuse (la gaïta). A contre-courant de la mode, Il ne goûtait guère les vociférations andalouses d'Allegria ou lamento hachées par le martellement des taconeos « cette danse sauvage, disait-il sans discernement, qui donne de mon pays une image de misère ».  Ma mère, en France depuis sa très jeune enfance, ne gardait de l'Espagne que quelques bribes des chants de la jota, fredonnés par ses parents, que la faim  avait poussés hors de leur campagne aragonaise natale vers les terres viticoles héraultaises, plus hospitalières.

A Béziers leur existence s'organisait, pour l'essentiel, autour d'un labeur des plus accaparants. Les loisirs tenaient peu de place et se concentraient durant la belle saison sur les travaux de jardinage. Dès les  gelées d'automne qui suivaient la période des vendanges et les journées de grappillage, la sortie traditionnelle du  dimanche  après-midi nous conduisait  à l'angle de la rue de la vieille Citadelle, non loin de la place de la Mairie, devant la lourde porte en bois stylisé de la Colonie espagnole. Un large escalier donnait, à l'étage, accès à la salle d'accueil garnie de tables et chaises de bistrot et d'un bar. Les murs étaient décorés à même le plâtre, par de belles peintures évocatrices, représentant la carte d'Espagne, ses Régions et une scène de l'œuvre de CervantèsDon Quichotte approche les moulins à vent avec son fidèle Sancho Pansa. Lieu de rencontres et camaraderie, la pièce se remplissait dès 15 heures d'Espagnols en mal du pays, venus converser et jouer aux cartes. On y parlait fort. Les parties de belote ou de dominos étaient assez bruyantes, entrecoupées d'exclamations, ponctuées de coups de poings rageurs, assénés sur la table pour mieux confirmer la supériorité d'un atout ou revendiquer le gain du pli. Dans ce charivari de foire d'empoigne, j'admirais le calme inhabituel de mon papa, suivant attentivement le mouvement des pions ronds et rectangulaires, aux différentes couleurs, qui glissaient de mains en mains. Complètement ignorant des règles du jeu, ma préoccupation se bornait simplement à savoir si le sort lui était favorable.

Aux premières notes de musique, ma mère quittait la pièce enfumée par le tabac et m'entraînait vers une porte qui donnait sur un étroit balcon aux fauteuils rabattables. En face, sur le parterre, se trouvait une estrade sur laquelle un groupe de musiciens en uniforme jouait pour un public féminin ravi. Le spectacle pourrait se comparer aux variétés télévisées de nos jours. Les exécutants changeaient de tenue, selon l'exotisme  du morceau  interprété, tantôt coiffés d'un chapeau mexicain avec poncho hautement coloré, tantôt d'une couronne de fleurs passée autour du cou.  Des chanteuses, en robe blanche et au sourire permanent, entonnaient les airs à la mode, que maman reprenait en sourdine pour les avoir entendus à la TSF. La piste de bal du rez-de-chaussée était bondée; le Centro, c'est ainsi que l'on nommait alors la Colonia, faisait recette parmi la jeunesse de tout le biterrois, certains même attendant dans la cour de l'immeuble l'opportunité d'obtenir une petite place pour danser. Parfois, en matinée, un orchestre composé de nombreux exécutants, venus de Gérone ou Barcelone, donnait un concert de qualité. La totalité de l'espace de la salle ne suffisait pas à contenir le public, amateur de belle musique.

  Lorsque en fin de journée s'éteignaient les feux de la rampe, que se vidaient scène, piste et balcon, nous rejoignions mon père et ses compagnons. Le jeu de cartes s'éternisait malgré les injonctions du concierge qui, à plusieurs reprises, appelait à la fermeture de l'établissement. La coupure du courant électrique, volontaire et persuasive, plongeait un instant la pièce dans une complète obscurité. Alors, en fonction d'une règle admise et tacitement reconduite, les deux partenaires malheureux s'acquittaient rapidement au bar des consommations des vainqueurs. Après une ultime plaisanterie, on se serrait la main, les hommes se donnaient rendez-vous pour le dimanche suivant.

Sur le chemin du retour vers la maison familiale, mon père prolongeait la magie des cartes en détaillant quelques subtilités qui lui avaient permis de retourner à son avantage une partie compromise. D'autres fois encore, les derniers échos sur la vie en Espagne, recueillis de quelque camarade, l'entrainaient dans la nostalgie du pays. Des souvenirs douloureux refaisaient surface de son inconscient refoulé et leur récit nous engouffrait dans une poignante émotion. La nuit était tombée depuis un bon moment, un air frais se posait sur nos épaules, un frisson parcourait notre corps et nous accélérions le pas, sans doute aussi pour dérouiller nos jambes, trop longtemps restées passives. Heureusement, nous habitions tout près.

 

 

        La Colonie espagnole de Béziers

La France a depuis longtemps  vocation de terre d'accueil pour les Etrangers en difficultés dans leur pays. Sa position frontalière avec l'Espagne a facilité des arrivées massives d'immigrés ibériques que des raisons économiques ou politiques ont poussé à venir s'installer  en majorité dans le Midi, peut-être  pour amoindrir le dépaysement et coller au plus près de leur nation. L'obstacle de la langue, la différence des habitudes de vie, de culture compliquent forcément l'intégration et des associations de bénévoles se sont créées  pour leur venir en aide et atténuer le désarroi de ceux qui subissent souvent ces bouleversements avec brutalité.

 Rue de la Vieille Citadelle  à Béziers, siège depuis plus de 120 années la Colonie Espagnole.  Une imposante  porte en bois qui se détache de son encadrement de pierre s'ouvre sur une courette. Une   plaque commémorative rappelle que Juan, le père du pianiste biterrois Yves NAT fut en 1889 le fondateur de ce Centre. Je pénètre avec émotion dans l'étroit vestibule qui autorise à sa droite l'entrée dans la grande salle de spectacle, autrefois piste de bal très fréquentée par la jeunesse.  Aujourd'hui, mercredi, s'y échappent des airs de flamenco car c'est jour de répétition pour les jeunes élèves d'une école de sévillanes. L'escalier conduit au palier du premier étage où se trouvent la Conciergerie et le bar.  Premier constat: en soixante ans, rien n'a vraiment changé depuis le mobilier désuet constitué de banquettes, tables et chaises en bois jusqu'aux belles peintures murales, témoignages d'une autre époque, de l'Espagne des Régions, des danses folkloriques, des aventures fantasmatiques du Don Quichotte de Cervantès… Tout est bien là, à la même place.   

Mme DEMARCQ, la vice-présidente, aimable et attentive, me reçoit dans le bureau du 2e étage. Son Président, M.IGLESIAS se trouve actuellement à Madrid où il se rend périodiquement, reçu régulièrement par le Directeur de l'émigration ou le Cabinet du Ministre des Labores y asuntos sociales (travail et affaires sociales)  dans le cadre de l'entraide aux citoyens espagnols vivant à l'étranger. L'impact de la Colonia Espanola de Béziers dépasse le simple périmètre biterrois. Elle tient un rôle de conseil  et exerce une fonction sociale auprès des ressortissants espagnols sur le territoire méridional, largement étendu depuis le Gard jusqu'à Toulouse. Le vice Consulat d'Espagne qui siégeait naguère boulevard Gambetta a aujourd'hui  disparu mais M.IGLESIAS assure, de façon non officielle, certains services, en étroite collaboration avec le Consul à Montpellier: Soutenir, par exemple, dans les démarches administratives les ressortissants qui ont travaillé et cotisé un temps en Espagne pour la révision de leurs pensions de retraite. Apporter une indispensable solidarité, faciliter l'intégration des compatriotes sur le sol français et préserver les racines culturelles hispaniques sont les missions essentielles de la Colonia. Parfois, elles prennent une tournure inattendue. "Un soir, deux jeunes espagnols sont venus frapper à la porte de notre association. Ils ne trouvaient pas à se loger et M.IGLESIAS est venu à leur secours, leur a trouvé un abri pour la nuit et ensuite mis en contact avec les organismes adéquats."

La vie associative a conservé au sein de cette enceinte certains aspects des années 60. Quelques hommes jouent encore aux cartes mais sont de moins en moins nombreux. Le bal dominical n'attire plus la jeunesse, seuls quelques couples âgés dansent l'après-midi sur des airs rétro. "Autrefois, la Colonie était un lieu de vie, de rencontre des familles d'immigrés. Mais le  vieillissement de cette population, l'intégration en douceur et pleinement réussie des générations suivantes qui ont largement adopté la nationalité française, le déplacement des intérêts n'ont pas favorisé son développement"

Pourtant la Colonia s'efforce de s'adapter aux exigences actuelles. Un programme d'activités à la semaine est mis à disposition des titulaires d'une carte d'adhérents que l'on peut obtenir pour une modique cotisation annuelle. Ateliers de peinture le lundi et mardi p.m. auxquels s'ajoutent le soir des initiations à l'informatique. Le mercredi, les écoles de danse espagnole proposent à leurs jeunes élèves des séances de répétition. Les jeudis,  fonctionne un atelier de couture et la secrétaire de l'association Anne-Marie SABATIE donne des cours aux nouveaux arrivants désireux de se perfectionner en français. La gymnastique féminine volontaire, le mardi et jeudi ne manque pas d'adeptes. Soigner l'esthétique des locaux fait aussi partie d'une volonté de modernisme. La réhabilitation des magnifiques peintures murales de 1945 a nécessité l'intervention  d'artistes spécialisés dans ce genre de restauration et demandé un gros investissement financier. De plus, la porosité du support plâtreux a entraîné un surcoût avec la pose de papier japonais. "L'appartement du concierge a été mis à neuf et le C.A. a jugé prioritaire la réfection des peintures de la cage d'escalier qui s'offre en premier au regard du visiteur".

Bien sûr, il faut de l'argent. Malgré ses 350 à 400 socios, la Colonia doit s'employer à trouver des fonds pour équilibrer son budget. Propriétaire des murs, elle s'acquitte des charges classiques de fonctionnement: régler les notes de frais en électricité, eau, téléphone, salaire du concierge, honoraires du comptable... mais encore répondre aux normes de sécurité imposées aux établissements recevant public; le passage périodique de la Commission départementale entraine parfois des travaux onéreux pour une mise en conformité. Alors les bénévoles multiplient les manifestations festives: bals, paella, soirées dansantes, spectacles de flamenco, prêt de la salle aux associations ou partis politiques pour des réunions....Une précision importante: l'Association ibérique se veut totalement apolitique. Les manifestations culturelles ne manquent pas : expositions de peintures, d'affiches,  pièces de théâtre se proposent au public. Les sujets brûlants de notre actuelle société  sont débattus dans des conférences animées par des intervenants de qualité.  La Colonie espagnole de Béziers est citée, Porte Dorée à Paris, à la maison dédiée à l'histoire de l'émigration. Elle apparait aussi dans le programme de la Fédération laïque de l'Enseignement dans le programme consacré à la voix d'émigrants. Enfin, chaque année, elle est présente à la journée des Associations biterroises, sur les Allées Paul Riquet.

Préserver la mémoire et dynamiser ses actions afin d'attirer vers elle la jeunesse qui garantirait sa pérennité, la Colonie espagnole de Béziers est à la croisée  des chemins, entre passé et avenir. Pour se faire connaitre, elle espère encore en ces jeunes danseuses du ballet IBERIA qui véhiculent, à travers notre Région, le folklore hispanique. Il leur est proposé d'assister aux réunions du conseil  d'administration afin qu'elles fassent remonter les demandes et qui sait, s'engagent de manière plus active. Une information vers les enseignants d'histoire ou de langue espagnole est diffusée afin qu'ils sensibilisent leurs élèves. Un site internet a été ouvert, une plus large ouverture vers les outils d'échange en ligne que sont Facebook ou Twitter pourrait suivre. Actuellement, 2 stagiaires en BTS Communication planchent pour insuffler quelques idées innovantes,  en adéquation avec notre XXIe siècle.

Les français d'origines espagnoles sont nombreux dans notre Midi, il suffit de feuilleter l'annuaire téléphonique pour en mesurer, à travers les noms propres,  la forte présence. La Colonia lance un appel vers eux pour ne pas disparaitre.

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                     Soirée anniversaire

25 ans, c'est jeune, ça raconte la joie de vivre, les copains… C'est aussi un quart de siècle et l'âge majeur des Harry's Pounchous, un groupe musical made in Béziers, autrement dit « d'appellation d'origine incontrôlée » dans la façon de dispenser l'alegria,  aux sons des guitares qui, chez nous, débordent largement de la péninsule ibérique.

Un groupe à gestation lente et fédératrice, modelé les soirs enivrants et mémorables de Feria sur  les longues avenues qui relient le Centre-ville aux Arènes, que l'on descend ou remonte, d'un pas trainant, de bodega en bodega.  Alors, les Harry's Pounchous ont convié le public du biterrois, ce vendredi 25 janvier, à partager cette nuit d'anniversaire, dans la superbe salle du Zinga Zanga, riche de ses 1500 places assises, peut-être, le pensaient-ils, un peu trop vaste pour l'évènement et qui, au final,refusera beaucoup de monde. Des retrouvailles qu'ils souhaitaient offrir gratuitement à leurs sympathisants mais que des contingences financières liées à la location de la salle et les frais de gestion amèneront à un tarif unique et attractif de 15€.  On fêtait la fête ou plutôt la fiesta…l'amitié qui s'extériorise et se propose sans réserve.

   Le temps pour l'organisateur-commentateur de retracer leur parcours à travers quelques succulentes anecdotes, aux musiciens d'accorder leurs instruments, procéder aux divers branchements électriques… nous vous l'avons déjà fait entendre, ici rien ne justifie que l'on se presse…  et, paradoxe d'un naturel nonchalant, ce sont près de deux heures d'explosions joyeuses, de rythmes endiablés qui libèrent enfin l'impatience d'une assistance ravie et fredonnant, envahie de tremblements corporels et de fourmis dans les jambes. Complices, les danseuses de la Marisma matérialisent le tempo musical par la grâce gestuelle de la sévillane. Intense jubilation d'un public acquis avant même les premières notes d'un répertoire sans surprise qui nous parle de la rencontre amoureuse, la séduction, la dispute et la réconciliation. Nous sommes dans l'Humain. On aime, on souffre, on balaie la tristesse, on veut du soleil !

  Affaire d'amitié, de famille, la fête se déclare bonne fille. Depuis l'estrade, les Harry's Pounchous interpellent leurs épouses, oncles ou autres parents qui répondent du fond de la salle ou bien du balcon. Vient l'instant fortement applaudi où les enfants deviennent vedettes. Le talent est là aussi, perceptible dans la voix, le geste, le mouvement harmonieux du corps, le rythme instrumental imprimé à la batterie. « Bon sang ne saurait mentir ». 

Un dernier morceau: « Madalena quiere bonbons, bonbons para Madalena » ; à n'en pas douter, elle en aura comme les spectateurs en ont eu pour leur argent. L'invitation à la danse au devant de la scène par la Marisma n'a pas eu l'effet escompté sur un public dont la frilosité pourrait s'expliquer dans ce lieu même, plutôt habitué à des spectacles cadrés et sans doute la pudeur à vouloir respecter par l'écoute  ce moment de bonheur réservé aux musiciens. Le rideau est tombé. Ils ont tout prévu pour que la soirée soit réussie. Rendez-vous est pris dans le hall d'entrée pour une troisième mi-temps bodega et la grande communion. Cette fois, c'est sûr, on ira pour se lâcher!!

 

Pierre Paul RIQUET, un pas vers la légende?

On ne présente pas Pierre Paul RIQUET à BEZIERS mais si chacun s'accorde pour dire qu'il fut le génial concepteur et réalisateur du Canal du Midi, que sait-on vraiment de ce personnage d'exception?

  Ce mercredi 29 janvier, à Radio Ciel Bleu, Noël Morato recevait dans son émission* «Plein Sud», Jacques De GRENIER président d'une association audoise "Un film pour Riquet" regroupant quelques passionnés dont l'objectif est d'initier un grand film romanesque de fiction sur la vie de RIQUET. Romanesque? Fiction? Le ton est donné sur le voile obscur qui entoure notre célébrité biterroise dont on ignore avec exactitude jusqu'au lieu et la date de naissance, approximativement située entre 1604 et 1609. Son existence connue s'articule véritablement à partir de son œuvre monumentale et les nombreuses hypothèses émises sur sa jeunesse, le mystère qui plane autour de sa personnalité, contribuent à en faire un sujet de légende.

Homme de caractère, audacieux, volontaire et opiniâtre, jouissant d'une immense fortune, il fut Fermier général des gabelles, chargé en Languedoc de récolter le très impopulaire impôt sur le sel. Bien qu'il ne fut pas ingénieur de formation, Pierre Paul RIQUET était fasciné par l'idée de creusement du canal du Midi, un projet maintes fois évoqué, déjà depuis l'Antiquité mais que la lourdeur de faisabilité consistant à alimenter ce canal par le captage de l'eau des fleuves, ne permit jamais de mettre en chantier. Sa grande découverte fut d'imaginer la réunion des eaux de la Montagne Noire sur le point culminant du Seuil de NAUROUZE, pour les redistribuer via les versants est et ouest du canal, c'est à dire vers la Méditerranée et l'Atlantique. Soutenu depuis TOULOUSE par l'église, il put communiquer avec COLBERT lequel finit par convaincre Louis XIV du bien fondé d'une telle entreprise.

Mûrement réfléchi, la construction de l'ouvrage débuta cependant alors que RIQUET avait près de 60 ans. Il y consacra le reste de sa vie, sa fortune, s'endetta et mourut à 71 ans, quelques mois avant son inauguration. Répétons le, son œuvre fut colossale tant dans sa conception que par sa portée économique sur notre Région. Les moyens matériels de l'époque reposant essentiellement sur la main d'œuvre, on peut imaginer ce que furent ses difficultés à mener un tel projet! Ajoutons seulement que P.P. RIQUET fit montre,dans sa gestion des personnels qu'il employait, de belles qualités de cœur, en mensualisant par exemple les ouvriers, payés également les jours de repos, certainement aussi afin de les fidéliser. 

Visionnaire, calculateur rigoureux, homme de génie, homme de conviction, sans doute homme de cœur...les qualificatifs élogieux ne manquent pas pour bâtir une légende. Les amoureux du Canal du Midi qui ont rejoint l'association de Jacques de GRENIER s'activent afin que le film voit le jour et que Pierre Paul RIQUETne sombre dans l'oubli total. Contactés et intéressés par cette fresque, le metteur en scène toulousain, Jean PERISSE secondé par Michele TEYSSEYRE, écrivain et cinéaste ont pu, pour monter le scénario, s'appuyer sur la rigueur historique des faits relatant la construction des ouvrages du Canal et profiter de cette période exceptionnelle qu'est notre XVIIième siècle. Quant au personnage de RIQUET, ils disposaient librement des espaces méconnus de sa vie pour nourrir la fiction et entretenir le romanesque.

Au préalable, afin de trouver grâce auprès de producteurs providentiels, un documentaire est en pleine élaboration. Il sortira vraisemblablement courant automne en DVD et sera ensuite présenté au public. Il est espéré aussi qu'il intéressera une chaîne de télévision.

Vous l'avez compris, pour une telle réalisation, il faut s'assurer d'un engouement populaire qui encouragerait les engagements financiers et se traduirait, le moment venu, en spectateurs potentiels . Depuis quelque temps, une pétition/adhésion est ouverte à cet effet par l'association et a déjà recueilli plus de 10.000 signatures. Il en faut bien davantage pour convaincre.

Le site www.un-film-sur-riquet.fr est à votre disposition sur internet Faites le connaître autour de vous et signez votre adhésion à ce projet. Souhaitons que l'initiative aura un écho retentissant auprès de nombreux biterrois.

*Émission rediffusée mercredi 6 février sur les ondes de Radio Ciel Bleu.

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          Le cours complémentaire Louis Blanc

 Une matinée d'hiver  monotone et  désoeuvrante. La froidure qu'amplifie un vent soutenu par l'effet couloir des ruelles, cingle son visage, pénètre insidieusement ses habits et glace sa peau. A Béziers, on s'habitue plus facilement aux rayons du soleil. Depuis que, selon l'expression administrativement consacrée, il a fait valoir ses droits à la retraite, Raphaël s'impose quotidiennement une marche d'une heure, car comme le lui assure son généraliste « vivifiante et bonne pour la santé ».  Alors, ce jour, son errance le conduit rue  Franklin,  à côté de la courte murette qui protège l'Université du tiers temps biterrois.  Un pur hasard… Mais à bien y réfléchir était ce vraiment un hasard ?  Par chance  la porte est restée entrouverte.  Il ose un œil  puis son nez, à l'intérieur  d'une petite cour qui autorise l'accès aux différentes pièces du bâtiment. Une bouffée de mémoire l'envahit et plonge son regard dans une légère brume qui lentement finit par se dissiper .  Raphaël s'est donné rendez-vous avec son passé de collégien

  Mi-septembre 1955. Un concours de fin CM2 l'a admis au cours complémentaire Louis Blanc dont les locaux se trouvaient  jadis en ces lieu et place. Il en reconnait les salles,  l'escalier extérieur qui mène aux  classes supérieures.  « En ce temps là, la sélection pour rentrer  en 6ieme à Louis Blanc , était sévère. L'établissement scolaire jouissait d'une réputation avantageuse, les maîtres PEGC, issus du corps des instituteurs, y pratiquaient des méthodes rigoureuses…à l'ancienne !  La finalité du cours complémentaire  était d'amener ses élèves au concours d'entrée à l'Ecole Normale d'Instituteurs, ce qui, pour un fils de prolétaires  constituait un challenge alléchant et la promesse, en cas de réussite, de 4 années d'études entièrement prises en charge financièrement par l'Etat français . Au bout du succès, une promotion sociale honorable et la certitude d'un emploi stable.»

A Louis Blanc, il y avait deux classes de 6ième et  5ième de 30 élèves chacune.  Venait, en suivant, une seule  4ième  que des contraintes découlant d'un manque évident d'espace et la simple règle mathématique , n' ouvraient qu'aux trente  meilleurs collégiens.  La 3ième A préparait au BEPC et une 3ième B propulsait vers le difficile concours d'entrée à l'E.N. En cas d'échec durant ce sévère  parcours, il y avait  possibilité de poursuivre les études secondaires au Lycée Henri IV. On devine aisément que, malgré les incontournables frasques de potaches, l'air ambiant dans l'établissement  n'était pas propice aux rigolades! Du reste, Raphaël n'y comptait que trois anciens camarades de son école élémentaire, ce qui rendait quasiment vaine toute tentative d'évasion.

Les profs avaient nom : Barthes, pour le français, Baunoure en math, Malavielle, en anglais, Fauzan en physique-chimie, Delcun en histoire-géo, bientôt remplacé par Ceilhes et Salmeron pour le sport. Enfin, Blanquet tenait, avec une juste autorité, la baguette de directeur. Les cours débutaient le lundi matin pour s'achever le samedi soir avec le jeudi pour coupure hebdomadaire. Comme il n'y avait pas de service de cantine, Raphaël parcourait 4 fois/jour la distance de 1km 500 qui séparait le C.C. de son domicile familial, en centre ville. « Les jours de pluie, ma mère me donnait la somme nécessaire pour prendre le bus. Sans l'informer bien sûr de mon imposture,  je conservais précieusement cet argent, promesse  pour le jeudi suivant  d'une séance de cinéma  ! »  Il sourit au souvenir de l'intrangisante discipline qui régnait alors sur les scolaires et   ne saurait actuellement être de mise. « Une fois, à la veille des grandes vacances, Delcun m'interroge sur la leçon du jour dont le sujet était la péninsule ibérique. Comme ma préoccupation  se situait fort éloignée des kms2 de l'Espagne et du nombre de ses habitants, il me signifia un zéro pointé et m'asséna, à l'instant du retour peu glorieux vers mon banc,  cette phrase assassine : On demande des travailleurs à la vigne ! »  Les cours de Malavielle, excellent prof d'anglais au demeurant, se déroulaient selon la méthode active d'une compétition sportive. En cas de dérapage, elle valait à l'élève soumis au feu intensif de ses questions, outre des  intonations réprobatrices exprimées dans la langue de Shakespeare, passant brutalement des graves aux aigüs, avec une surprenante facilité, la fracassante percussion de la brosse en bois-feutré sur le tableau noir, ajustée habilement depuis le milieu de la classe par la main experte du Teacher! Sursaut de terreur garanti pour la malheureuse victime accompagné des éclats de rires de ses camarades, ravis de ne pas cette fois, être la cible! C'est bien connu « le malheur des uns… »

A Louis Blanc, Raphaël contracta définitivement le virus qui  vous colle la passion du rugby. Les rugueuses empoignades de toucher-plaquer sur le terrain pelé du vieux stade Bessou, les parties acharnées entre copains, le jeudi à la Présidente, pouvaient vous en dégoûter ou vous  aliéner à vie. Question vitrine, le quinze biterrois d'alors comptait quelques célébrités nationales et son carré d'as composé de F.MAS, R. GENSANNE, P.DANOS et L.ROGE avait déjà connu les honneurs de l'équipe de France. Lors des matches du tournoi des 5 Nations, le samedi après-midi, pour suivre ces combats franco-britanniques à la télé, Raphaël n'avait pour seule alternative que de sécher  3 heures de grammaire du père  Barthès. C'est au cours d'une de ces défaillances scolaires, dans le bistrot discret d'une sombre ruelle,  qu'il découvrit, horrifié, que son vociférant voisin de chaise n'était autre de…son prof de dessin! L'escapade virait à l'épouvante… sans autres conséquences, toutefois qu'une belle frayeur. Comble de l'ignominie, le billet d'absence qu'il présenta, en sueur, le lundi matin, était fatalement un faux…signé de sa propre main ! « Pas idéal comme référence pour un candidat instituteur ! mais je le confesse,  sans remords, car le rugby justifiait à mes yeux quelques dérapages. »

Pour la petite anecdote, Raphaël accéda en 1960 à l'École Normale…qu'il eut l'idée, inattendue de ses parents et professeurs, de présenter…à Mende, en LOZERE, un département qui, pour un biterrois,en ce temps, avait la réputation d'un désert glacé ! Sa vie prenait un sérieux virage. Mais, comme dirait le narrateur : « ceci est une autre histoire. »

 

« Marcheur, ne cherche pas ton chemin car le chemin se fait en marchant ».

                          Antonio MACHADO  poète espagnol