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              Outch !



Regarde au pied du toit qui croule :

Voilà, près du figuier séché,
Le cep vivace qui s'enroule
À l'angle du mur ébréché !

                 A. De LAMARTINE                 




MONTADY, à l'ombre de sa Tour.

  Il y a deux  possibilités visuelles et pittoresques de découvrir Montady. De par la départementale, en se dirigeant vers Capestang, le ralentissement obligatoire de la circulation à l'entrée du village, laisse loisir d'apercevoir sur son éperon rocheux, la tour quadrangulaire du XII ème siècle qui domine fièrement l'ancien bourg . Elle semble porter un regard protecteur sur son territoire communal qui, depuis quelques années a vu  se multiplier les lotissements  et gonfler la population rurale à plus de 4000 habitants. Pour le flâneur ou le touriste curieux, l'oppidum d'Ensérune offre un panorama à couper le souffle sur les rayons convergents  de son étang  asséché qu' une végétation naissante, au printemps, colore d'un mélange de verts et jaunes, accentués par la lumière déclinante du soir. Là encore, tout au fond, vers le nord, la tour impose sa bienveillante stature, une inspiration pour peintures, photos et cartes postales.

Parmi ses occupations ludiques de retraité, Christian a inscrit le passé de son village. Preuve de son attachement, il est président de la jeune association montadynoise « lou REDONDEL » , qui regroupe une cinquantaine de membres, statutairement nés au village dans les années 1920 et récemment élargi à 1930. Ils se sont fixés pour objectif un travail de mémoire structuré au travers de réunions mensuelles où chacun par la parole et l'écoute fait don de ses souvenirs sur la vie d' époque, dans le bourg héraultais. Des photos anciennes sont scannées puis récolées afin d'asseoir le témoignage visuel. Prévenant la dispersion qui accompagne  les récits fleuves et incertains, l'association définit le thème qui sera développé tout au long de l'année. Ainsi en 2013, à l'occasion de la fête du melon, il sera exposé une salle de classe version 1930.  La pauvreté des archives conservées dans le village n'autorise pas une recherche fructueuse et celles qui  sommeillent à Montpellier ne peuvent être consultées qu'au terme de nombreux déplacements et d'une mise en photocopies qui coûteraient trop cher à la modeste association. Alors…il reste l'effort individuel et la générosité de ceux qui veulent bien un temps prêter leurs documents privés.

L'école justement « En 1950, il y avait à Montady une école de filles et une de garçons dont les classes réparties entre les deux bâtiments étaient mixtes. L'augmentation de population a entraîné la construction de nouveaux locaux , réservant les anciens aux activités associatives. Le matériel pédagogique de l'époque a quasiment disparu, ce qui nous oblige, pour notre future expo à solliciter les communes environnantes. » Après l'école, la Mairie a fait sa mutation. D'un secrétaire général, une employée de bureau et 6 ouvriers municipaux, les salariés dépassent actuellement le chiffre de soixante! Du premier étage au dessus de l'école de garçons, les bureaux se sont déplacés dans l'important centre administratif et commercial.

L'évolution des commerces a bien entendu suivi l'expansion démographique, mais, souligne Christian « Dans les années 1950, Montady se flattait pour un petit bourg de 750 habitants de bénéficier du service de tous commerces avec une particularité : ceux-ci ne possédaient pas de vitrine! Par exemple, les marchands de légumes vendaient à même leur domicile et  Eléonore chargeait le matin,dans sa brouette, depuis la route, les légumes  arrivés par diligence de Béziers pour remonter dans le quartier haut ; un labeur physique qui aujourd'hui en rebuterait plus d'un! Les 3 coiffeurs exerçaient après leur journée d'ouvriers agricoles.  Mr Massol, le dernier maréchal ferrant a réalisé les premières brouettes à vendange et tenait son atelier…rue de la forge. » Un menuisier, une mercière, un bourrelier, 2 bureaux de tabacs…Une liste à la J.Prévert, certainement pas exhaustive dans laquelle toutefois se détache, avec originalité, l'activité laitière «Les vaches ne quittaient jamais l'étable.Les seules pâtures susceptibles de leur fournir de la nourriture se trouvaient sur les terres de l'étang qui l'été souffraient de sécheresse et l'hiver d'humidité. De plus, de nombreuses crevasses piégeaient son sol  instable et les bonnes parcelles se destinaient à la vigne. Il ne restait plus qu'à entreposer le fourrage ».  Les inévitables cafés, lieux de rencontres et loisirs, exclusivement masculins «5 bistrots pour 600 villageois dont deux affichaient leurs sympathies  à coloration politique traditionnellement de rouge ou blanc. Les hommes n'y buvaient pas du vin mais l'absinthe ou le goudron, les apéritifs de ce temps et jouaient aux cartes»  Quant aux épouses, elles pratiquaient leurs instants d'oralité collective les jours de lessive, aux lavoirs municipaux  «Montady a été l'un des premiers village à obtenir l'eau potable, en 1930. Deux ans après presque toutes les maisons en étaient pourvues. Près de l'école des filles il fut aménagé 8 bassins- 2rangées de 4-Face à face, les femmes y lavaient aussi leur linge sale au figuré; elles y refaisaient le Monde, et tout le monde en prenait pour son grade!D'autres lavoirs   transformés à partir des anciens abreuvoirs des chevaux et dispersés dans les rues s'utilisaient individuellement selon des horaires précis. Enfin pour celles qui n'avaient pas d'autre possibilités, des étendages publics étaient installés dans les rues et utilisés à tant de mètres par famille. Certains subsistent encore, rue du Ninou  ou en montant vers la place haute.» (à suivre)...

La première liaison routière publique entre Montady et Béziers, dont se souvient Christian était assurée par diligence dont le propriétaire n'était autre que son grand-père Cyprien qui la céda à un certain M.DOUMER de Capestang. Le bus remplacera bientôt le transport hippomobile «Ce bus avait la particularité d'avoir 5 portes d'accès réparties sur le côté. Pas d'entrée imposée à l'avant et sortie arrière. Mme DOUMER, l'épouse du chauffeur, se chargeait de l'encaissement et exhortait les clients à se serre le plus possible dans l'habitacle roulant. A défaut, les mains accrochées aux barres de maintien, elle usait de son arrière-train pour tasser son monde. La sécurité ?...Les jeunes gens montaient quelques fois sur l'impériale ! Alors !!»  De par sa situation sur la départementale reliant Béziers à Carcassonne, le village bénéficiait d'une desserte confortable, fréquente et régulière. «Que l'on aille ou vienne depuis Béziers vers ou de la préfecture audoise,  Olonzac,  Castres, Capestang ou St.Chinian et même Colombiers,  le transit se faisait à Montady. De sorte que chaque demie-heure, il y avait un passage.»

La fête locale est traditionnellement fixée au dernier week-end d'août,  correspondant à l'ouverture des vendanges, ce qui pouvait fluctuer selon l'avancée ou retard dans la maturité du raisin. «Elle se déroulait en deux endroits, autour deux bars qui subsistent, celui de la route et l'autre en haut du village.Un petit orchestre de 4 à 5 musiciens animait le bal, sans sono. Un rouletier pour les jeux de hasard, un tir au pigeon, un lancer de tomates sur une personne volontaire…tout cela était bon enfant. Plus tard, la fête s'est déplacée dans la cour de l'école, un seul débit de boissons et quelques bagarres anodines, parfois générées par quelque rivalité amoureuse ou de clocher.»  les facéties de jeunesse étaient identiques à celles qui , contagieuses,se répandaient dans les autres cités méridionales : martelet, cabalet, les mèches de soufre, la pique aux cerises «On ne volait pas, simplement nous mangions les fruits rouges jusqu'à en être coufle! Pas facile ensuite d'échapper, en courant,  à la vindicte du propriétaire.» Ces menus larcins, les écarts de conduite se solutionnaient en interne. Christian a exerce durant 25 ans la fonction   de garde-champêtre dans ce village  de moins de 700 âmes dont il connaissait les familles «la communication se faisait au début avec facilité ; Il existait une réelle complicité entre parents et autorité municipale, basée sur la confiance.» Une ampoule cassée à la fronde? Le délit n'excédait pas une somme modique. Au pire, le jeune était convoqué par le Maire qui y allait d'un sermon dissuasif de récidive.  Le sport canalisait les ardeurs juvéniles et le rugby prit en 1930 sa place dans la cité. «Le maillot du club en noir et blanc affublait nos joueurs du sobriquet d'agaces et par extension, les habitants de mange-agaces Le déclin du rugby vers 1950 entraîna l'éclosion du foot-bal et plus tard encore la signature de quelques joueurs venus des villages voisins « de ce fait, on les pensait meilleurs que les nôtres, ce qui à la longue, s' avéra faux»  L'histoire et son éternel recommencement.

A Montady également, on ne peut ignorer l'importance du vignoble à cette époque. «Presque tous les Montadynois travaillaient au village. 70% étaient des ouvriers agricoles. La cave coopérative voit le jour en 1939 grâce à l'action du Maire M. GELY, qui sensibilisera les petits propriétaires à esprit de coopération. Son nombre adhérents ne cessera d'augmenter» ; Dans les années 1960, le restaurant de la Tour avait acquis une réputation culinaire qui dépassait largement le cadre du biterrois. Sa renommée était telle qu'il fallait réserver longtemps à l'avance pour espérer y déjeuner. «Il était tenu par Mercédes, une femme de caractère, qui concoctait une cuisine familiale d'excellence. On venait y déguster la langouste vivante et …à volonté !  Bouchées à la reine, saumon, pigeon en salmis, champignons…Malheureusement, la salle à manger ne pouvait contenir environ que 80 places. Les repas de mariage qui se voulaient réussis se faisaient à Montady!»

Pour Christian, l'afflux de population sur son village a modifié fortement les rapports humains mais il lui refuse l'étiquette de cité-dortoir « L'école tisse des liens entre parents d'élèves. Il y a aussi de nombreuses associations qui comptent beaucoup de participants» Un centre administratif et commercial bien pensé facilite le quotidien des résidents et multiplie les possibilités de rencontres. Là encore les limites des zones habitées sont repoussées jusqu'à atteindre celles des communes voisines, regroupées aujourd'hui en agglo pour faciliter des actions conjuguées. On s'éloigne peu à peu de l'image du bourg frileusement resserré autour de son clocher d'église. Les clubs sportifs fusionnent pour prendre l'appellation d'Entente…Les rivalités d'autrefois s'émoussent. Qui y trouverait à redire ?



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  Maureilhan, d'hier à aujourd'hui


Il n'est pas nécessaire d'écouter  Jean  très longtemps  pour ressentir les liens fusionnels qui l'unissent à Maureilhan, son village . A plus de 80 ans, sa passion demeure intacte et quand il affirme se sentir aujourd'hui un peu usé, moins disponible, on a du mal à le croire tant il se prête volontiers, avec bonhommie, et sans faux-fuyant, au jeu nourri de nos questions. Tantôt bienveillant ou critique, rien n'échappe à son  regard  aiguisé, un œil posé sur son passé, l'autre dirigé vers ce présent qui ne cesse de le surprendre.  Il en résulte  deux heures d'entretien qui  nous entrainent, à travers une foule de détails, dans ses souvenirs de jeunesse  au cœur de la petite agglomération maureilhanaise, à peine  peuplée, en ce temps, d'un millier d'âmes vivant pour l'essentiel  de la viticulture.  Il était donc logique de lui accorder la priorité.  

« Au début du XXème siècle, la vigne occupait à Maureilhan pratiquement 100% de la surface des terres agricoles. Les 1050 ha de la Commune comprenaient 950 ha de vignoble!...Un métier fastidieux qui mobilisait à temps plein les hommes. Pas étonnant s'ils ne l'ont pas souhaité ensuite pour leurs enfants poussés aux études aussi, pour échapper à cette galère. Bien sûr, il n'y avait pas la mécanisation actuelle… » Jean sourit. Il laisse courir une autre comparaison: «L'épandage du fumier par exemple, représentait une mobilisation d'un mois d'hiver, atroce les jours de vent! Le retour au travail à la main, préconisé par le système écologique, je n'y crois pas, vu sa pénibilité.» la crise viticole est passé par là. Des 300 petits propriétaires, il n'en subsiste que 2 ou 3 dont l'âge a allègrement franchi la cinquantaine…le reste de la récolte se répartit dans 6 domaines.  A peine la moitié des terres en vignes. Les souches ont cédé leur sol à une habitat qui s'est considérablement étalé   pour une population qui a plus que doublé  « Notre village, autrefois,  mobilisait 36ha pour les maisons,  il en occupe maintenant plus de 70ha. Les jeunes arrivants ont du mal à s'intégrer. Seuls ceux qui ont des élèves à l'école communale s'intéressent un peu mais rentrent à nouveau dans leur coquille sitôt les enfants partis….. L' école, avant la construction du groupe scolaire  en 1953, tenait la place de la Mairie. Cette dernière n'occupait qu'une faible partie du même bâtiment, le bureau du Maire et une salle du Conseil suffisaient amplement.» Les complications administratives sont passées aussi à Maureilhan. «On va à la Mairie pour un oui, un non!» Effets inverse pour les commerces qui éprouvent du mal à survivre. «Des 5 épiceries, il n'en reste qu'une qui a déjà connu, en peu d'années, 2 ou 3 repreneurs. Les 2 cafés n'échappent au naufrage que grâce au passage de la départementale au cœur de la cité.» La traversée de la route n'a pas que des avantages. Les nuisances liées à l'accroissement du trafic automobile ont fait l'objet de plusieurs projets de déviation,  restés lettres mortes… «pour cause d'insuffisances financières». Rien de très original, Maureilhan a emboité son pas vers le modernisme

 Les moyens de transport se réduisaient dans les années juvéniles de Jean à peu. «Le vélo était le plus répandu, même si nous n'en possédions que 2 pour 4 ! Pendant la guerre la pénurie en matière première, comme le caoutchouc, nous a privé de pneus!... S'évader alors ne ressemblait nullement aux possibilités des jeunes ménages d'aujourd'hui qui n'hésitent pas avant même l'âge de 30 ans à parcourir le Monde. Les riches au plus loin prenaient les eaux à Vichy durant l'été. Nous, par exemple, nouveaux mariés en 1955, nous sommes allés avec mon épouse voir une corrida à Nîmes. Départ de Maureilhan sur notre unique mobylette jusqu'à la gare de Béziers. Ensuite le train pour la préfecture gardoise et retour dans les conditions similaires. Toute une aventure! On menait une petite vie, certains  visitaient annuellement la basilique de Lourdes» Le service de bus de la Société familiale VALAT assurait trois fois par semaine les déplacements vers la ville.  Un guérisseur du nom de VERGNES jouissait d'une réputation régionale. « Il recevait une centaine de patients par jour, le mardi et samedi ce qui entrainaient des navettes spéciales de cars.»  Son grand-père, c'est en cheval/jardinière qu'il laissait à l'affenage du Faubourg de Béziers pour prendre le tram à l'octroi et rejoindre VALRAS le dimanche, à la bonne saison. (à suivre)

Les loisirs s'articulaient autour du jeu de boule lyonnaise : « On jouait dans les rues, qui n'avait pas de goudron, presque tous les soirs. »  Jean se souvient encore avoir « pris une raclée pour être rentré de Montady après 20h.30. On était qualifié pour la finale, on ne pouvait rejoindre la maison sans la jouer.   En ce temps, poursuit-il, nous étions tenus et les filles surveillées par leur mère comme le lait sur le feu!» Toutefois la jeunesse s'autorise quelques audaces et les sottises ne manquaient pas, « bien que, en tant que fils du Maire, j'étais particulièrement visé, marqué au rouge . On déplaçait les pots de fleurs de devant les portes des maisons de l'autre côté du village, ou bien nous enfumions les cuisines à partir du tuyau d'évacuation des éviers. Les gens nous poursuivaient jusqu'au Lirou! On attachait les brancards des charrettes avec des cordes en haut des arbres, ce qui obligeait le garde champêtre à monter ensuite sur une échelle !» Les cafés étaient aussi en nombre à Maureilhan, dont certains se singularisaient pour être le siège de partis politiques.

La fête locale se tenait le 19 juillet « la première dans tout le biterrois. Outre l'Harmonie municipale, dans les années 50, le Comité des Fêtes faisait venir des orchestres de qualité comme  le fameux Guillaumon de Perpignan.  La danse de la Treille attirait du monde et la roulette venait de la ville pour entrainer les villageois vers les jeux de hasard. Les jeunes de 16 et 17 ans célébraient Pasquette à Roquebrun Une sacrée expédition.»  Le cinéma se déroulait dans la salle d'un café et durant 12 ans,  le samedi soir, Jean fera fonctionner avec son père  l'appareil de projection que ce dernier avait acheté pour sa Commune.

Quelques commerces ambulants proposaient nourriture et services de toute sorte. «Un bonhomme vendait du poisson pêché la nuit dans la rivière. Il arrivait au petit matin vers 4 heures de Maraussan avec une brouette, roue de bois cerclée de fer. A la fontaine, il mouillait un sac de jute pour tenir ses poissons au frais.  Un Espagnol, lui, s'était installé comme jardinier sur une terre très pauvre, à la sortie du village. Il avait un âne docile qui venait seul jusqu'au carrefour, environ à 800 mètres du jardin et attendait patiemment son maître » Bien plus tard, le véhicule automobile simplifiera le commerce : « Valiente mettait à la vente des habits dans son camion, le poissonnier dans une camionnette. Le boucher garnissait la sienne de pains de glace mais l'été, on ne pouvait acheter du porc, interdit par arrêté municipal à cause de sa fragilité et le danger d'être consommée avariée. »

Longtemps Jean interviendra dans les classes primaires pour raconter la guerre, initier un travail de mémoire.  Au Collège agricole de Capestang, il présentera  la viticulture, l'apiculture, intéressera les jeunes futurs agriculteurs aux techniques de récolte des olives. Sa façon de transmettre un savoir-faire, une vie riche. Il rédige en 1994 un livre sur Maureilhan, une édition limitée et épuisée. Comme l'impression coûtant cher, il en photocopiera une vingtaine d'exemplaires pour ses amis. Nous parlerons encore longtemps, de  la vigne bien entendu, de la cave coopérative qui a fermé ses portes, des projets de contournement du village par la route qui se sont succédé, sans être menés à terme, du château qui n'a pas une véritable valeur historique, des hommes célèbres de Maureilhan comme Mairan, Flourens ou encore Riquet dont Béziers s'est approprié la naissance…

Bref, Jean est une source inépuisable lorsqu'il parle de son village. Malgré la modernisation, les changements de vie, il lui conserve un regard amoureux intact, sans rancœur ni jalousie. «  Les jeunes, je les azime des fois. Ils sont nés avec des facilités mais nous aurions fait pareil dans les mêmes conditions. »

  Merci Jean pour cet instant passé en votre compagnie où les heures ont filé, sans se rendre compte.   Votre passion est contagieuse et louable.


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               LIGNAN sur ORB  (suite)

....Deux splendides micocouliers, qui faisaient la fierté du village, trônaient près des bassins lavoirs-abreuvoirs et offraient aux enfants un espace de jeux apprécié Ils furent malheureusement abattus. « Le linge sale poursuit Arlette, était bouilli dans des lessiveuses métalliques. On y ajoutait des cendres enveloppées dans un chiffon recouvert d'eau, ce qui avait pour effet de le blanchir. Le rinçage se terminait au lavoir. A cette époque, on ne connaissait pas les poudres blanchissantes et...polluantes!».

Le Château était la propriété viticole la plus importante de Lignan, environ 350 ha. «D'autres gros propriétaires comme Vernette, Umbert, Guy Bert précédaient le lot des petits dont chacun possédait son cheval. Avec 1000 pieds on arrivait tant bien que mal à vivre de la vigne. Le premier tracteur fut acquis par Mouysset ; il se fit traiter de fou! ...Pas de coopérative mais des caves privées pour stocker la récolte. Dans les années 60, les petits viticulteurs dirigeaient leurs raisins vers les coopés de Thézan ou Corneilhan. Une distillerie fonctionna un temps, devint une fabrique de cagettes et puis un entrepôt de récupération de chiffons. Pendant la guerre, il existait encore un jardin communal appartenant à un particulier mais mis à disposition des foyers lignanais...La drague de Cappecci curait le fond de la rivière pour extraire sable et gravier indispensables aux constructions

 

Curieusement en marge pour la région, le rugby à Lignan n'a pas d'équipe. C'est le foot qui regroupe la jeunesse sportive. «Un propriétaire louait son terrain pour les matches et un wagon à bestiaux SNCF désaffecté faisait office de vestiaire. En 1986, après la construction du  stade BATTUT, ce wagon fut cédé  pour un même usage, à la Commune de Nissan dont le responsable de l'équipe était un cheminot.»

La vie d'un village se caractérise aussi par quelques personnages hors normes. Marceau était un de ceux –là. «Un pauvre hère, pas méchant  qui vivait près de la Poste, dans un petit réduit de rien, dans des conditions d'hygiène douteuses. En période de crues de la rivière, comme le local était des premiers inondés, il venait, dès que ses pieds touchaient l'eau, prévenir les villageois ; il fut ensuite hébergé dans le cabanon d'un terrain loué à un ancien rugbyman. Avec une bénévole du secours catholique, nous passions de temps à autre avec un camion pour débarrasser les multiples immondices qu'il y entassait et offraient aux rats un repaire de choix. Après lui, un homme surnommé la Taupe pour sa régularité  à creuser de nombreux puits pour les résidents qui le payaient , plus ou moins, de ses efforts. Il rendait aussi de menus services à la vigne et logeait dans un appartement près de l'actuelle boulangerie. Chaussé hiver comme été de bottes, il devint, sans doute marqué par  quelque déboire familial, accro à la bibine, était régulièrement ramené ivre chez lui. La solidarité villageoise s'exerça. Il fut conduit à l'hôpital de Béziers où il vécut correctement le reste de ses jours.»

 

L'Orb est omniprésente à Lignan et ses débordements causaient parfois de gros ravages. « En 1953, elle a atteint sa côte la plus haute. De nombreuses maisons  furent inondées et le niveau de l'eau dépassa  un mètre à l'emplacement des micocouliers, deux centimètres sur la première marche de notre habitation! Le vieux Cappecci avait détaché dans la nuit ses plateformes de drague afin qu'elles ne soient pas submergées! La crue de 86, bien que terrible fut moins importante»

- Deux écoles publiques élémentaires, une de filles, l'autre de garçons étaient séparées par un mur élevé et organisées en classes uniques à plusieurs divisions, du CP au certificat d'études. «Une garderie à la place de l'actuelle mairie  accueillait les enfants dès l'âge de deux ans»

En ce temps, à l'identique d'autres petites communes, le cinéma était ambulant.  Ses  séances se déroulaient   dans la cave du père de Michel : «On menait sa chaise ou on montait sur les cuves; la sécurité n'avait pas les rigueurs de nos jours qui parfois peuvent friser l'absurde»

Le médecin venait de Thézan et soignait aussi les malades des autres villages aux alentours « Après le Dr JULIAN, il y eut le Dr CUGNENC, le père du député, puis le Dr COMBES, un enfant du  pays qui s'installa dans la Commune. Enfin, le Dr ABIAT se déplaçait depuis Béziers Maintenant, souligne Arlette, ici, il y a, en permanence, un docteur, un dentiste, deux kinés, un podologue, une pharmacie. Un confort qui n'existait pas autrefois mais n'empêchait pas de vivre »

Le constat habituel abondamment commenté par des Anciens que les accélérations fulgurantes de notre société moderne déstabilisent quelque peu. Mais comme pourrait argumenter quelque philosophe, puisqu'il est plus aisé de «s'habituer au confort qu'à la misère», maintenons notre cap sur le présent en savourant sans réserve, les moments merveilleux qu'il nous procure.