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Woo hoo !


 

"J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans"                            Baudelaire

 

Le marché du dimanche

Quand on évoque ce temps, on ne peut passer sous silence -- les nostalgiques du centre-ville ne manqueraient pas de nous le reprocher- - la dimension sociale et conviviale du marché Halles/Madeleine . Il suffisait pour l'appréhender de s'y rendre un dimanche matin. Depuis les alentours jusque dans les travées du bâtiment commercial, une marée humaine se déplaçait difficilement parmi les étalages soigneusement alignés. les mères serraient fiévreusement la main de leurs bambins de peur qu'ils ne s'égarent. On jouait des coudes pour approcher le poissonnier, l'épicier, ou bien le boucher. Au dehors, même effervescence autour des tables-tréteaux garnies de mercerie, vêtements, droguerie. Des camelots gouailleurs harangaient avec culot une foule dense, conquise et bon enfant. C'était avant tout jour de repos. Les femmes prenaient le temps pour écouter, jauger la marchandise, choisir... parfois même interpeler les vendeurs : « Votre viande, la semaine passée, n'était pas tendre….le poisson pas bien frais!!» L'air faussement navré , mais soucieux avant tout de fidéliser sa cliente, le commerçant promettait : «Allons ma brave dame, on va s'arranger!» Quelques fois, dans cette cohue indescriptible, nos ménagères faisaient une rencontre amicale, s'empressaient alors de trouver un coin à l'écart du mouvement et engageaient aussitôt d'interminables conciliabules. Les maris qui avaient eu le courage de les accompagner, éprouvaient leur patience à la terrasse d'un bistrot et, résignés, philosophaient, une tasse de café ou un verre de rouge à la main, sur l'avenir improbable de notre pauvre Monde . .

Un univers désordonné avec ses habitudes, ses échanges verbaux débridés, goguenards et rugueux, ses figures familières. Louisette, poissonnière à forte corpulence et langage chatié, apostrophait la gent masculine d'une voix tonitruante «Oh! chéri, viens! tu ne m'achètes rien, ce matin?». Oui, le marché avait aussi son lot de célébrités, de personnages atypiques hauts en couleurs, forts en gueule et protégés par l'unanime complicité des commerçants. Odette et Jésusvagabonds sédentaires, bénéficiaient de leurs faveurs et se nourrissaient grâce à leur générosité …. A heure fixe, on apercevait immanquablement une femme si voûtée qu'on ne pouvait ni voir le visage, ni lui donner un âge. Vêtue de noir, un fichu crasseux autour de la tête, elle déambulait lentement derrière un vieux landau reconverti en garde-manger, attirant dans son sillage une sorte de cour des miracles miaulante et sautillante de chats faméliques, boiteux ou borgnes.

Pour ma part, ma préférence allait vers l'étalage d'un bouquiniste ambulant, installé à l'angle de la rue St. Vincent de Paul. Dès le lever du jour, il transportait avec peine, depuis l'affenage de la rue de La Tour, ses livres d'occasion, empilés dans des cartons, sur trois chariots à bras .. Austère, bougon, un impressionnant chien de berger allemand pour unique compagnie, il avait de longs cheveux mal coiffés, surmontés d'un grand chapeau à larges bords, façon Bruant. Une vareuse noire et des pantalons amples, teinte assortie, composaient son invariable tenue vestimentaire. Il était connu sous le nom de «Camembert»… Etait ce véritablement le sien? Ses conseils avisés ont orienté mes lectures enfantines, je lui dois mon goût pour le roman. A sa mort, animée de la même passion, sa fille a courageusement pris la relève, dans des conditions similaires de pénibilité. Compte tenu de la pauvreté de ses habits et des avantages alimentaires que lui accordaient régulièrement les marchands des halles, il est douteux que son activité littéraire lui ait assuré une vie matérielle suffisamment décente.

A peine moins fréquentée, la place de la Madeleine abritait sous ses majestueux platanes les incontournables vendeurs de fruits et légumes. Près de la rue menant à la porte Olivier, les saisonniers exposaient dans de petits filets de fine cordelette, escargots petits gris, cagarols ou mourguettes, à côté des plantes aromatiques comme thym, laurier sauce, fenouil et ciboulette, ou bien encore les très prisées bottes d'asperges sauvages, de poireaux de campagne, ou les salades de pissenlits, répounchous et cressons.

                    

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Sauclières,

temple de notre jeunesse.

Les passions les plus coriaces, à l'évidence, naissent dès l'enfance et celle du ballon ovale -- banal, direz-vous, pour un biterrois-- qui m'habite depuis l' entrée au collège, s'est cristallisée, dimanche après dimanche, sur les gradins du mythique stade de Sauclières. Sa seule évocation propulse de ma mémoire une foule d'images sournoisement brouillées par les inévitables clichés qui accompagnent les légendes: l'ombre sublimée et la voix impressionnante de Jules CADENAT y rodent toujours, le visage des joueurs qui ont fait sa célébrité se superpose sur l'enceinte vieillissante. J'entends encore le brouhaha qui monte grandissant depuis les tribunes, le cliquetis des crampons métalliques sur le sol cimenté, précédant les rugbymen à la sortie des vestiaires. La rumeur s'amplifie jusqu'à devenir ovation à l'apparition de nos couleurs «Allez, les rouges et bleus !». Applaudissements, sifflets, murmures d'impatience, vociférations réservée à l'équipe visiteuse, promesses menaçantes à l'encontre du meneur de jeu «L'arbitre au Canal»!!

Pour moi, jour de match s'apparentait à jour de fête. A partir du dimanche matin, l'évènement sportif à venir occupait totalement mon esprit. Je ne quittais plus des yeux les aiguilles trainardes de la pendule, à la grande irritation de mon père qui m'exhortait à davantage d'action. Vers 14 heures, enfin, d'un pas vif et léger, je prenais la direction du stade, franchissant allègrement les 3 kms qui le séparaient de notre jardin potager du plan de la Galinière, où nous aérions avec sérénité le repos dominical .

La licence sportive UFOLEP autorisait mes 13 ans à une entrée gratuite;  j'accédais donc à l'espace populaire Sud/Ouest, derrière les poteaux, pour écouter la sage parole des Anciens, leurs pronostics et schémas tactiques d'avant match. Dès le début de la partie, si leurs commentaires manquaient singulièrement d'impartialité, parfois même de lucidité quant à l'interprétation de la règle ou d'une décision arbitrale --surtout si elle nous était défavorable -- ils me confortaient dans un sentiment puissant d'appartenance au groupe, à cette équipe, à notre ville. Dans cette ambiance partisane, je me sentais fort, envahi d'une confiance indestructible envers nos favoris qui, à n'en rien douter, défendraient fièrement l'honneur de notre maillot.

L'ASB de l'époque, mais est-ce bien utile de le préciser, tirait sa renommée d'un solide paquet d'avants, avec une première ligne de fer: MAS, BOLZAN, BARRIERE. Face à nos adversaires, le facteur André GAYRAUD faisait figure de terreur…une réputation injustifiée quand on connaissait, dans le civil, la gentillesse de l'homme. Le derby amical ne l'était vraiment que sur l'affiche, et remplissait copieusement les travées à l'heure de l'affrontement. Celui, en particulier, qui nous opposait à l'USAP donnait cours à de rudes empoignades sur la pelouse et propageait sa fureur contagieuse dans les tribunes "Catalan bourrrro !!!... Gavach porrrrc!!"

Je repasse dans ma tête les noms qui, au fil des années, composèrent notre XV. Dans le secret de mon ressenti d'adolescent, et à contre courant des vertus de collectif que la noblesse de ce jeu impose , je m'étais désigné comme idoles -- que les autres me le pardonnent-- Pierre DANOS et Lucien ROGE Ah, si seulement, élève aux performances scolaires fluctuantes, j'avais manifesté pour les apprentissages le même engouement!

Pour finir, j'oserai une anecdote toute personnelle, en forme de clin d'oeil affectif à l'un des plus fidèles supporters de notre chère ASB. J'eus, un dimanche matin d'avant match à Sauclières, la malheureuse imprudence de me présenter, autour de 11 heures, au salon de coiffure tenu par l'ami Ludovic, avenue Joffre, à l'angle de la rue du Coq, afin qu'il rafraîchisse sobrement la chevelure désordonnée de mes 15 printemps. Par malchance, comme à cette heure tardive j'étais son unique client, il entreprit, peigne et ciseaux en main, de me démontrer l'efficacité de la méthode mise en œuvre par l'entraîneur biterrois du moment, Raymond BARTHEZ. Avec dextérité et minutie, il conjuguait son travail avec les mouvements d'attaque de notre ligne de 3/4, matérialisant judicieusement la position de chaque joueur sur le terrain avec blaireaux, bols, rasoirs et je ne sais plus quels autres accessoires indispensables à sa profession. Il était bien plus de midi lorsque je regagnais le logis familial, rue d'Envedel, mais je ne suis pas prêt d'oublier le regard affligé de ma mère découvrant ma nouvelle coupe de cheveux...extrêmement clairsemés! Je l'affirme Ludo, je ne t'en ai jamais voulu. Nous partagions la même passion en Rouge et Bleu. Que pouvait donc peser ce loupé de Figaro comparé à ton récit, même outrageusement enjolivé, de tous ces magnifiques essais dont tu as été le témoin? !!

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          La vie au cœur du Capnau

Quelques souvenirs échangés entre grands-parents et petits- enfants et vous percevez aussitôt le changement de vie qui sépare les deux générations. En cinquante ans, nous sommes passés du XIX au XXI° siècle avec une telle rapidité, qu'elle donne le tournis aux ainés et provoque la perplexité des plus jeunes.

Jean-Baptiste, dit «Titou» est un biterrois de toujours. Né en 1945 au Capnau, il y fortifie, jour après jour, ses racines dans la maison familiale. Une fidélité de plus de 65 ans, sans accros, lassitude ni amertume.Son accent, ses mots évoquent une époque, sa ville, dont il parle avec la touchante sincérité de ceux qui aiment. Le quartier, il le connait comme sa poche, en révèle les moindres rues…celle du Malpas, des Fossés, de la Vierge, des Sœurs grises, Cadelard…questionnez le sur leurs bâtisses, il vous en décrit les façades humbles, souvent mal entretenues, parfois même vétustes. « La seule à avoir un style appartenait au docteur CASTEL, rue St. Esprit, à proximité du Bonbons-Journaux». A présent, son esprit à lui s'engouffre dans les ruelles tortueuses; il retrouve ses jambes de petit garçon, du temps où …. «Le Bonbons-Journaux, nommé ainsi en toute simplicité, parce qu'on y vendait bonbons et journaux. En blouse grise, son propriétaire, passé le flot d' ouvriers et écoliers qui envahissaient dès 7 heures le magasin, partait distribuer les périodiques chez les abonnés des alentours MIRO, le bougnat, tirait directement le vin des barricots à la bouteille;  Mme POUSSINE, la femme du boulanger, généreuse en sucrerie pour les gamins de ses clientes, les accueillait d'un sourire radieux, sans doute pour faire oublier une mie de pain lourde et compacte, parfois trop cuite ou pas assez !... Blouse blanche et peigne noir dépassant de la pochette, façon logo professionnel, RAMON, le coiffeur pour hommes, posait devant son salon archaïque dans l'attente du client. Spécialiste d'une coupe de cheveux en brosse, ras sur les côtés, oreilles bien dégagées et dessus de tête fortement gominé -- modèle standard, identique pour tous-- il ne lui accordait aucune autre fantaisie et donnait aux garçons des allures militaires.Par ses vertus de haute propreté et d'économie, la coupe trouvait grâce auprès des parents mais représentait un véritable cauchemar pour des ados en quête de reconnaissance! Enfin, la minuscule boutique à forte odeur de colle du réparateur de vélos, Alexandre ABISANDA n'autorisait sur la toile publicitaire surplombant sa devanture que l'inscription laconique de son prénom.. Alex

Au Capnau, certains commerçants des Halles avaient leur dépôt à l'entresol des immeubles. «PERALES entassait ses encombrants cageots de volailles et RESSEGUIER le charcutier, fabriquait sur place une excellente saucisse dont la réputation dépassait largement l'enceinte citadine,et ambitionnait de séduire...la Capitale».

En fait, chaque quartier fonctionnait avec son code de vie, ses habitudes, à la manière d'un village.... ( à suivre)

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...Au CAPNAU, vivaient des familles de condition sociale modeste; les maisons manquaient singulièrement du confort le plus élémentaire. Pas de salle de bain. On se lavait dans le cuvier en fer blanc; l'hiver, près de la cuisinière à bois-charbon qui chauffait les pièces et les briques que l'on plaçait sous les couvertures pour tempérer les draps humides et froids . Les cabinets d'aisance se trouvaient sur le palier, entre deux étages, et servaient pour tous les résidents d'un même bloc d'habitations. Le w.c. public avait des allures de cage à lapins, un fenestrons sans vitre aérait et éclairait faiblement le lieu, couvert d'un toit en tôle ondulée «que gamins désœuvrés et frondeurs, nous bombardions de cailloux pour effrayer l'occupant... Le samedi, nous allions au bain- douche, rue des Têtes ou rue des Bains; on attendait patiemment notre tour, ticket et savon en main, serviette sur l'épaule.... La TSF était la distraction familiale favorite du soir; on l'écoutait religieusement, lumière éteinte par économie, éclairés par la seule lueur verte placée à l'avant du poste On raffolait de Zappy MAX et ses émissions tragi-comiques comme" la bise à Zappy", ou "ça va bouillir", parrainée par une marque de lessive. Enfin, le feuilleton radiophonique des Mystères de Paris d'Eugène SUE, ou le jeu des mille francs de Roger LANZAC nous tenait longtemps en haleine.

«Le plus grand nombre de nos jeux se passait toutefois au dehors, sur la placette Bellevue. Les bruyantes et rugueuses parties de football, avec balle de tennis usagée, exaspéraient les riverains qui menaçaient de porter plainte. Ces espiègleries, --nos bouillacades, -- parfois sévèrement réprimées par les parents du tristement célèbre martinet à lanières de cuir  ne débordaient jamais vers la délinquance, tout juste une orange chapardée à la hâte sur l'étal d'un primeur, ou la cagette d'un volailler éventrée, pour en libérer le poulet apeuré. Nos batailles, épées de bois artisanales brandies d'une main menaçante, s'exerçaient rue du Calvaire contre les gosses des HLM. Nous les affublions de surnoms cruels comme Fonfène pour parodier un zozotement, Garincha pour une déhanchement ou Yvan le Terrible. On était des closques, de sacrées couennes !!».

La propreté des rues était scrupuleusement assurée par un éboueur d'origine espagnole, circulant le matin muni d'une large pelle, précédé d'un tombereau tracté par un cheval de trait, afin de collecter les ordures ménagères déposées au pied de chaque domicile. A l'aide d'un balai de genêts, les femmes nettoyaient ensuite leur devant de porte, le trottoir et le caniveau avec l'eau courante provenant d'une vanne, ouverte à heure fixe par l' employé municipal.

Les camelots traversaient le quartier selon un calendrier préalablement établi. «Et lou bitchet, lou bitchet!! martelait le vendeur de violets auquel répondait celui de la cèbe de Lezignan Et la cèbo, la cèbo!! La poissonnière flattait la fraîcheur de son poisson ramené la nuit même par son mari, pêcheur à VALRAS. Le rémouleur THOMAS malmenait consciencieusement sur sa carriole à meule, une étroite lame de fer, dont le bruit suraigü se voulait volontairement racoleur: Ciseaux, couteaux à aiguiser! L'hiver, il troquait son habit pour celui de ramoneur.» Avec l'arrivée des chaleurs et en l'absence de frigos individuels, Louis proposait aux ménagères, à l'arrière de son fourgon réfrigéré, des blocs de glace, par demis ou quarts de pain, pour en garnir leurs glacières ou à défaut de simples cuvettes de métal, qui, la journée,  tiendraient au frais les fruits et les boissons. 

«Le quartier avait ses notables: deux médecins, le docteur CASTEL, pour les malades assurés sociaux et le docteur RASIMAMENGA, un Malgache, hautement diplômé, qui, avec dévouement, soignait les plus démunis.Quant à l'inspecteur de police GRANT, sa mission consistait à veiller sur la fréquentation scolaire, contrôler les présences, menacer les parents en cas d'absences répétées de leurs enfants à l'école ».

Voilà environ une vingtaine d'années, quelques passionnés du CAPNAU, dont «Titou», se sont regroupés en association , ont investi une salle de l'école LAKANAL alors désaffectée, projeté d'écrire et monter une pièce de théâtre à partir de leurs souvenirs. Soutenus et guidés par un jeune étudiant, ils ont pensé et créé leurs personnages, dressé les décors et joué deux représentations, à la grande joie d'un public local, ravi de retrouver un instant les facéties de leur jeunesse.

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                        Les loisirs à la FONT NEUVE

Jusqu'à l'âge d'effectuer ses obligations militaires marquées par le dramatique épisode de la guerre d'Algérie, son retour  au foyer après 28 longs mois au service de la Patrie, son mariage en suivant et l'installation du couple au Faubourg, la jeunesse de Guy s'est épanouie route de Corneilhan, dans la petite mais coquette maison familiale du quartier de la Font-Neuve qui formait alors les limites nord/ouest urbanisées de la ville. Ses grands-parents paternels et maternels vivaient également dans le périmètre restreint des rues avoisinantes, de sorte qu'enfant, Guy n'eut guère l'occasion de s'en éloigner. Premiers pas vers la socialisation à la maternelle Pélisson, un passage furtif à l'école confessionnelle du Sacré Cœur, boulevard d'Angleterre et fin de scolarité primaire à Auguste Comte. Le parcours ordinaire d'un enfant du quartier. «Les jeudis, j'allais au patronage du Père COROT, en l'église St.Joseph. Nos jeux de gamins se déroulaient dans le magnifique parc adjacent, aujourd'hui occupé par des logements. Dans la rue, on s'affrontait avec les gosses de la gendarmerie, installée à l'emplacement actuel de l'annexe du Conseil Général, route de Bédarieux…. La kermesse de St.Aphrodise nous déroutait un court instant de nos bases; on achetait des coques sucrées à la croûte dorée , des sifflets en forme d'oiseau, des pistolets à eau, des petits moulins à vent aux ailes bicolores que nous tenions à la main au bout d'un bâtonnet, en courant sur les trottoirs pour qu'ils se mettent à tourner».

Plus tard, comme les jeunes de son temps, Guy fréquente, le dimanche, les fêtes de quartiers ou des villages. «On marchait beaucoup pour s'y rendre; les déplacements alors se faisaient, pour l'essentiel, à pied ou en vélo et le lundi matin, il n'était pas question, malgré la fatigue accumulée, de se lever plus tard pour aller au boulot ! Les parents veillaient!...Les rivalités entre bandes de jeunes gens étaient quasi rituelles: celles qui nous opposaient aux villageois de Corneilhan se voulaient particulièrement agressives et se programmaient en combats aller-retour,à la manière de compétitions sportives!».

L'été, non loin du Moulin de Cordier, la guinguette Julien ouvrait ses installations sur la rive gauche de l'Orb, avec sa terrasse peinte en vert surplombant le fleuve, plutôt paisible en cette saison . Un rendez-vous dominical particulièrement prisé par les biterrois qui venaient danser, se désaltérer, bien sûr se baigner, jouir du soleil estival dans une franche convivialité. «On regagnait l'autre versant à la nage; parfois au moyen d'un bac sans moteur situé au niveau de la pansière et qui avançait grâce à une corde tendue d'un côté à l'autre de la rivière. On pouvait aussi louer une barque… les plus téméraires remontaient le courant en nageant jusqu'au pont de Tabarka!...On se mettait aussi à l'eau pour aller à la pique aux cerises dans les jardins ouvriers de MaraussanDe nombreuses activités sportives étaient proposées au regard passionné du public: courses d'aviron, matches de water-polo, concours de natation ou de plongeons. Pour la masse laborieuse, l'Orb tenait lieu de centre de loisirs.

Engagé de toujours dans la vie associative, Guy jouait du clairon pour la clique du Réveil biterrois puis de l'Espérance. «25 à plus de 30 exécutants les composaient; les répétitions se déroulaient à l'école de musique, caserne St. Jacques. On se produisait lors d'évènements festifs, populaires ou sportifs à travers la ville ou les villages environnants, quelques fois suivi de l'Harmonie biterroise, un ensemble musical de qualité. Durant la fête de la Plantade, nous passions la nuit du samedi au dimanche dans le jardin, près de nos instruments de musique, par crainte des vols ...Les concours régionaux de fanfares nous imposaient des déplacements en bus, dont le plus long ne dépassait pas… Alès

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             IL était une fois...le Faubourg

          Longtemps le Faubourg a exercé sur ma naïve perception juvénile une étrange fascination. Blottie frileusement au pied des remparts de l'impressionnante cathédrale St.Nazaire, hors de la bienveillante enceinte citadine, la ville basse projetait sur moi la double image paradoxale de fragilité et de force. Désignée avec condescendance comme banlieu pauvre – allusion à ses modestes habitations marquées pour beaucoup par la folie destructrice de la guerre -- elle offrait, lorsqu'on quittait les façades cossues du centre ville pour emprunter à pied la pittoresque descente pavée de Canterelle, une vision d'un autre temps. Contraste saisissant accentué par l'architecture sobre, quasi austère, de l'église St.Jude et celle massive et étirée du Pont Vieux. Le quartier reste dans ma mémoire indissociable de l'Orb. Un attrait irrésistible et à la fois terrifiant, où l'éblouissante beauté des feux d'artifices du 14 juillet, les flonflons de la fête du 7 août, les combats aquatiques des jouteurs se dissipaient lors des hurlements lugubres de la sirène durant les fortes précipitations d'automne. le quartier était en alerte!! Mon père me conduisait alors vers le plan de St. Nazaire qui s'ouvrait sur le spectacle hallucinant de gens surpris par la furieuse montée des eaux boueuses du fleuve et regroupés fiévreusement sur le toit de leur maison, dans l'attente des secours. Les inondations: un lourd tribut courageusement payé, parfois deux fois la même année, par les résidants du faubourg. Un malheur et une angoisse ressentie par toute la population biterroise. Mais de là, peut-être dans l'adversité, s'est forgé le caractère courageux et solidaire ainsi que l'attachement témoigné au Faubourg de ceux qui l'ont habité ou l'habitent encore.

1934. Lorsque son père, cheminot, décide de quitter AGDE pour le Faubourg de BEZIERS, Henri n'a que 2 ans. Un peu plus plus tard, la famille déménage de la rue des St.Simoniens pour celle, à deux pas, de l'Abreuvoir, qu'elle occupera jusqu'en 1941. La municipalité ayant ordonné l'évacuation du quartier par crainte des bombardements, la famille P. émigre dans le Cantal, à St. FLOUR, où la mission paternelle d'entretien de la voie ferrée sur la ligne BEZIERS-NEUSSARGUES la tiendra à résidence jusqu'à la fin de la guerre. Retour en 1945 dans le quartier biterrois, cette fois rue des Tanneurs. Un bail de 10 ans dans le giron familial que le jeune Henri dénoncera symboliquement pour convoler en justes noces avec la charmante Francette et installer leur nouveau foyer... au Faubourg!

" De la rue de l'Abreuvoir, raconte Henri, on apercevait l'Orb et amarré entre les ponts vieux et neuf, le bateau-lavoir sur lequel les femmes du quartier blanchissaient et étendaient leur linge. Durant les fêtes, le fleuve était envahi par une kyrielle de frêles embarcations ornées de pavillons multicolores et superbement illuminées la nuit. Les inondations?...Oui, bien sûr elles nous faisaient peur. Je me souviens que l'eau arrivait dans le couloir de notre logement situé au dessus de l'impasse du Courédou!".

Les commerces de l'époque se cantonnaient essentiellement à l'intérieur de minuscules boutiques, souvent mal éclairées ou bien se pratiquaient de manière ambulante. "BILLARD, le maraîcher, livrait pendant la guerre ses patates à l'aide de chevaux qui en s'échappant parfois dans les rues, semaient la terreur parmi les passants. Le boucher- chevalin BONNES avait une écurie à Canterelle et caracolait fièrement dans une carriole tirée par un petit canasson. Les ménagères allaient le soir, rue des St.Simoniens, acheter le lait frais du petit-déjeuner du lendemain à l'étable du laitier BABY qui possédait quelques vaches. A l'angle de Tourventouse MONCET avait ouvert sa boutique de réparation et vente de cycles."

Francette enchaîne: "Au kiosque à journaux, en bas de Canterelle, avec une amie, par souci d'économie, nous achetions à deux notre feuilleton quotidien que nous dévorions à tour de rôle. Le matin, les enfants passaient sous le pont merdeux pour se rendre à l'école de garçons Voltaire ou Georges Sand, pour les filles"... (à suivre...)

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22 ans séparent Henri et Yves et cependant, hormis le nom des commerçants, rien n'a vraiment changé dans leur perception du Faubourg : la rue des St. Simoniens où vit toujours la mère de ce dernier, l'école Voltaire et sa cour de récré, avec les mêmes jeux...osselets, billes, ballons de foot ou rugby, plombette avec les soldats de plomb. "Il y a dans ce quartier quelque chose de particulier, d'indéfinissable, expose Yves, avec une pointe de mystère, un rituel dans la façon d'aborder nos jeux d'enfants, une atmosphère de complicité et de partage... Les habitants ont toujours été très liés et souvent ont fait preuve d'une grande solidarité." Une émotion chevrote dans sa voix, son regard se mouille...mais peut-être n'est ce que le fruit de mon imagination romanesque. Les boutiques défilent maintenant en accéléré: l'épicerie GUILLOT de la rue Chanzy, le bistrot San PIERO, la boucherie HUND, la boulangerie de Mme PORTALES, la patisserie MARINOT (qu'ils me pardonnent mon orthographe incertaine)..."Ah, oui, il y avait aussi le cinéma LYNX qui passait des westerns sanglants et moralisateurs, le marchand de cycles RIVIERE, le coiffeur Louis VERGNES et l'épicerie MONTAGNE, où avant la rentrée des classes, nous remplissions nos poches de sucreries...les fameuses réglisses têtes de nègre, et les caramels que nous chapardions pendant qu'un complice focalisait l'attention de l'épicier sur le machiavélique comptage d'une trentaine de petits bonbons à la fraise!" Tranquille, Yves!... je t'assure qu'aujourd'hui il y a prescription!! Ta rouerie faubourienne ressemble terriblement à tant d'autres.

 "Franchi le Pont Vieux, le Centre St.Jude était tenu par des religieux et servait de point de rencontre aux jeunes. On y pratiquait des parties de baby-foot ou de flipper. Lors des inondations, nos craintes n'étaient pas vraiment calquées sur celles des adultes, tout juste concentrées sur la surveillance du niveau de montée des eaux. Serait-il suffisant à nous octroyer deux ou trois jours de vacances supplémentaires?!!" Sur le sujet ,les gamins, d'ici ou bien d'ailleurs, ne présentent aucun différence, même s'ils aiment l'école, à coup sûr, ils plébiciteront les jours fériés!

Et puis, avec l'adolescence se déplacent les centres d'intérêt. Ceux du Faubourg s'orientaient naturellement vers les jeux d'eaux, la baignade dans l'Orb   encore peu pollué à cette époque . "A la belle saison, notre lieu favori se situait après la Plantade, au  club nautique du BOEC. Depuis le vieux quartier cela faisait une trotte et la solidarité juvénile avait alors la forme d'une mobylette que son généreux propriétaire mettait au service du collectif en organisant un service-navettes. Les amateurs étaient nombreux;  le  sacrifice  n'accordait  aucun répit au convoyeur et à l'ultime convoyé...que les cinq dernières minutes de trempette, avant de prendre le chemin du retour!"