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                                           Chers auditeurs et lecteurs  

L'approche des congés d'été et la perspective de journées de détente ensoleillées –mon optimisme naturel se refuse à les envisager autrement- qui, paisiblement, nous conduisent vers nos belles plages méditerranéennes de Valras, Vendres, Vias, Portiragnes…ou sur les sentiers découvertes, ombragés et odorants des monts languedociens ; ce doux engourdissement qui, après le déjeuner nous invite à une sieste rituelle et profonde que rythme à l'obsession le zig zig zig  soporifique des cigales :  tout cela pousse  mon indolent tempérament de méridional à mettre en sommeil, jusqu'à la prochaine rentrée de septembre, cette rubrique, consacrée aux quartiers et villages biterrois de notre jeunesse.

Mais, gamine espiègle et intarissable, ma mémoire aussitôt entrouvre, le temps de deux courtes anecdotes, la fenêtre de quelques souvenirs des vacances scolaires de mon enfance. Sans grand intérêt, ni originalité, elles ambitionnent modestement de vous en rappeler, peut-être, les vôtres. Je vous les livre donc, comme un  signe d'au revoir, pour en sourire, ensembles.

                               Bonnes vacances à tous

  
                                                              La Colo
Les séjours au bord de mer ou à la montagne, à fortiori les voyages à l'étranger, en ce temps, n'étaient pas encore popularisés et peu de familles ouvrières pouvaient financièrement y prétendre. Du reste, comme bien d'autres et afin de doubler leur salaire,  mes parents mettaient à profit leurs congés d'été pour se trouver une seconde activité lucrative. De sorte qu'arrivées les vacances scolaires, afin de ne  pas me livrer durant plus de deux mois aux turpitudes de la rue, j'étais inscrit, chaque mois de juillet et jusqu'à l'âge de 11 ans, dans  un  Centre de vacances ouvert par les Pupilles de l'École Publique de l'Hérault. La colonie de la Blanque,  blottie dans les bois, à quelques kilomètres de St.PONS, près de la route qui mène au SOULIER, accueillait des enfants de 6 à 12 ans,  et offrait la possibilité aux petits citadins de respirer, loin des odeurs de la ville, l'air pur de l'Espinouse. Dire que cela m'enchantait relèverait du mensonge tant la perspective de passer 30 jours à plus de 50 kilomètres (une distance qui me paraissait le bout du Monde et constituait ma seule occasion de migrer hors du foyer!)  du cocon familial et de ma chère maman m'était insupportable. Place de la Citadelle, à l'heure fatidique du départ, l'appel des colons devant le bus déclenchait en moi un vent de panique suivi d'une pitoyable crise de larmes qui prenait fin …passé le premier virage !
A la Blanque, pourtant, tout était réuni pour rendre un garçon heureux: les nouveaux copains venus des quatre horizons du département, suffisamment d'espace entre bois et ruisseau,  pour nos jeux turbulents, activités multiples proposées par de jeunes et dynamiques animateurs, ainsi que des locaux, somme toute assez confortables pour l'époque. Bien sûr, il y avait la sieste obligatoire, où régnait un silence monacal de rigueur, drap sur la tête afin d'éviter un éventuel dérapage vers des rigolades collectives !  Notre vitalité juvénile, toutefois, prenait le pas sur la morosité et le soir venu, à l'heure du coucher, la saine fatigue de la journée n'accordait plus à nos pensées chagrines qu'une brève apparition de l'image maternelle rapidement terrassée par un sommeil réparateur.
La cabane du fond des forêts s'inscrivait dans notre emploi du temps en  grand favori. Quelques   branches disposées en oblique autour d'un tronc robuste, à la manière indienne,  une couverture de feuilles vertes, des lits de mousse douillets, rien ne manquait pour satisfaire notre imaginaire bâtisseur. La rivière produisait aussi son charme et les parties de pêche,  qui précédaient les matches de foot, captaient longuement notre attention matinale. Parfois  nos moniteurs organisaient une rencontre avec les enfants d'une colonie voisine, l'occasion de retrouver quelque connaissance ou d'affirmer la solidité de notre groupe par des jeux endiablés de béret, foulard ou autre parties de cache-cache.
Les jours de mauvais temps nous réservaient de longues promenades sur les sentiers à travers bois. Munis de bâtons de marche, nous alignions  nos pas sur le rythme de chants entraînants, dont certains naissaient de la verve musicale et parolière de nos monos :
    « A la colo d'la Blanque, on passe de bonnes vacances, on n'est pas embêtés par les Autorités. On va à la Fageooole, faire des matches de foot-booolle , et on va au Moulin, pêcher tous les matins... »
La kermesse dominicale donnait libre cours à la créativité et provoquait l'émergence de certains talents à travers toute une palette de possibilités artistiques: acteurs, costumiers,  chanteurs, danseurs, décorateurs, conteurs... Le repas du midi sortait de l'ordinaire, les friandises nous faisaient oublier un instant la déception de n'avoir pas eu, comme d'autres copains plus chanceux, la visite de parents.
Ainsi se déroulait le séjour. Des affinités se créaient. Certains  recevaient des colis remplis de bonbons, biscuits, bandes dessinées qui nourrissaient les convoitises, les rapprochements intéressés, des disputes éphémères. La colo prenait fin sur des échanges d'adresse, des promesses de  rendez-vous, vite oubliés  dès la porte du logis familial franchie. Le temps des copains de l'été (à suivre)



                                        Toujours prêts !

Mes 12 ans révolus sonnèrent  le glas des séjours d'été en colonie de vacances. Sous l'influence d'un cousin germain, mes activités de loisirs allaient prendre un virage déterminant, plus avant vers le chemin qui mène à l'autonomie. Adolescent boutonneux, un brin amaïrit (peu éveillé) plutôt à l'étroit dans mon costume de fils unique, je découvrais, ballotté entre crainte et fascination, le large horizon des Éclaireurs de France et son indiscutable école de la vie. Sans trop me rendre compte de ce qui se jouait, trop aveuglé sans doute  par l'agréable sensation d'échapper un instant aux chaînes parentales, je me retrouvais les deux pieds plongés dans l'infernale spirale des corvées, qui, en cette circonstance, n'avaient jamais aussi bien porté leur nom. Les tâches ménagères ! Quel sens ma petite expérience d'alors attribuait-elle à ces deux mots ? J'en cernais rapidement l'étouffante emprise : patates qui craquent sous la dent, riz trop cuit à réserver exclusivement à l'usage de colle ! Et ces nouilles qui obstinément refusent de se détacher de la marmite  pendant que le lait bouillant décide lui de s'en soustraire! Maman, je t'assure, dans ma pensée qui a accompagné ces heures de galère,j'ai souvent regretté ton absence.
 Les vacances de printemps, cette année là, proposaient de se retrouver pendant quelques jours, dans le bois de Ribaute. J'étais affecté à la glorieuse patrouille des Castors composée de 6 garçons et dont le chef,  un camarade de classe surnommé Colique (comment avec un pareil sobriquet est-il possible d'asseoir  une quelconque autorité?) semblait à peine plus escarabillé ( oh! le vilain mot, en clair: dégourdi) que moi. A l'école, une des phrases de morale inscrites sur le tableau noir par notre instit visionnaire affirmait: « Comme tu fais ton lit, tu te couches!»  Le vil papouse que j'étais (titre peu reluisant décerné par mes alter ego à celui qui n'en a aucun),  parachuté dans ce nouveau monde que je pressentais cruel et exigeant, s'empressa de l'ajuster à ma  misérable condition sous forme d' un  adage de circonstance  que j'étais seul à connaître, donc à pouvoir décrypter, sans pour autant en tirer la moindre vanité: « Comme tu poses ton sac de couchage, tu récoltes tes courbatures.» La première journée se consacrait à l'installation des tentes et creuser ensuite tout autour une large rigole  aux fins d'isoler nos rustiques intérieurs de l'eau, en cas de violentes averses. Je fis ainsi connaissance avec la précieuse pelle-bêche et son maniement épuisant.  Une courte trêve et, à l'aide de quelques outils rudimentaires, nous entreprîmes de bâtir tables et bancs avec le bois mort trouvé aux alentours. Surprise de taille, nous n'étions pas du tout maladroits!
La vie de camp avait un avant goût militaire. Dès l'aurore, appel et salut au drapeau hissé tout en haut d'un mât:  « Éclaireurs toujours ?... hurlait notre adulte-responsable  à qui nous répondions sans faiblir et à l'unisson « Prêts !!! » selon une devise consacrée, tandis qu'au garde à vous, en bras de chemise kaki,  pantalon court bleu marine et béret fixé à l'épaulette, nous attendions, transis dans la froidure pascale, le sifflet de la délivrance.
La répartition aux diverses obligations de chaque patrouille incombait au chef et donnait lieu à quelques contestations, palabres polémiques qui  parfois amenaient l' irréductible dissident vers le Conseil de discipline ; mais miracle du collectif, tout finissait par s'arranger.Les chants tenaient une place importante durant nos actions,  nos déplacements, lors des magiques veillées qui nous regroupaient autour d'un feu de camp. Entraînants, fédérateurs, emplis de sagesse et de poésie, ils nous insufflaient courage, force, solidarité, effaçaient la fatigue, stimulaient notre fierté et galvanisaient la troupe. Dans ces moments, sans le savoir encore, nous tracions nos futures voies d'adultes.

Vint le mois de juillet et le camp traditionnel d'été  comme nouvelle épreuve, longue, cette fois,de quatre  semaines. Une belle occasion pour notre troupe de novices de tester les acquis du  bivouac de Pâques. Destination  Allenche dans le Cantal et premières déconvenues: un trajet harassant et tortueux, puis en guise de bienvenue, une arrivée tardive arrosée d' un orage impressionnant. Heureusement la sollicitude du paysan qui nous prêtait son champ pour implanter notre campement, mit à disposition pour la nuit une grange à demi-pleine de paille. Notre repos, découpé par la colère montagnarde du tonnerre, fut  très agité et à mon réveil une découverte : mes paupières partiellement collées dévoilèrent des yeux lourdement gonflés par un vilain rhume des foins! Mon contact avec le scoutisme ne se plaçait pas sous les meilleurs auspices! Toutefois, il en fallait plus pour démonter le petit éclaireur des villes bien décidé à ne rien céder aux caprices invalidants de la nature. ( à suivre)
La quinzaine qui suivit passa à une vitesse prodigieuse. Notre camp avait pris l'allure d'un village gaulois moderne et, au fil des jours, le rata  se résolut à devenir presque acceptable, à moins tout simplement qu'il ne s'agisse d'un phénomène d'accoutumance ou simple  résignation!! L'eau de source que nous récupérions dans des seaux de toile était, en revanche, horriblement froide. Nous décidâmes unanimement de l'économiser le plus possible, en sacrifiant celle qui théoriquement aurait dû être employée à notre toilette quotidienne ! Ma fierté masculine m'exhorte à passer  sous silence quelques autres situations déshonorantes pour notre pseudo supériorité de citadins affranchis sur le peuple des  gavachs. Un matin pourtant, certainement mécontente de nous voir fouler l'herbe de son pré, une vache atrabilaire entreprit de nous le faire savoir en exécutant dans notre direction une charge furieuse. Oubliées les gracieuses arabesques de torero qui enchantaient les soirs de corrida le public de nos arènes biterroises !Un débandade générale et peu glorieuse s'ensuivit pour s''achever derrière le barbelé de la clôture ennemie à qui je cédais honteusement le fond de mon bénard, à la façon d'une cocarde taurine.
Enfin, le top du séjour prit la forme inattendue d'une escapade de trois jours, organisée par notre encadrement. Chaque patrouille, munie d'une carte topographique et d'une boussole, avait mission de rejoindre un lieu précis sur lequel elle devait s'acquitter d'un certain nombre d'actions depuis la petite enquête auprès du secrétaire de mairie ou du curé du village désigné et compléter un questionnaire préalablement établi par notre hiérarchie sur un cahier d'écolier, jusqu'à ramener quelques variétés de plantes dont on nous avait consigné le nom. Une petite somme d'argent fut confiée au chef de patrouille afin de subvenir à nos frais d'intendance que nous estimâmes aussitôt sous-évalués.La distance à parcourir  pédibus conjambis dépassait les 10 kms et le coucher devait faire appel à notre présumée débrouillardise.  Au final, serait déclarée vainqueur l'équipe qui accomplirait la totalité des épreuves dans le meilleur temps. Cette initiative, loin de nous angoisser, raviva en nous nos désirs d'indépendance. On nous traitait en homme, on serait digne de cette confiance ... à une nuance près que notre vision infantile de l'homme allait se projeter sur ce qu'il a sans doute de moins noble. Notre premier achat fut une bouteille de vin rouge, réglé par l'éclaireur paraissant le plus âgé, à l'épicerie du village en question. Comme un cirque se produisait sur la place de l'église, nous prîmes aussi des billets pour la représentation du soir. L'activité recherche de plantes se focalisa sur de fines lianes découpées sur 10 cm et enflammées pour faire office de cigarettes. La fête était totale, notre émancipation conditionnelle s'exprimait dans la bravade et nous procurait  la jouissance qui sournoisement accompagne toute transgression et le franchissement des lignes de l' interdit . Grisés de cette toute nouvelle liberté et surtout par le vin âpre que nous avions difficilement éclusé, notre apparition au spectacle du cirque  s'avéra de courte durée. Nos éclats de rire intempestifs, nos plaisanteries décalées, enfin notre chute collective du banc public eurent raison de la patience du Directeur qui nous expulsa du chapiteau, manu militari .Cette orgie de jeunesse momentanément anesthésiée par l'alcool et la fumée acre de nos cigares improvisés prit fin sur d'inévitables nausées. Vautrés dans le foin, à la belle étoile, nous eûmes un matin peu triomphant et désenchanté. L' expédition dans l'espace confiné des adultes accouchait d'une amère désillusion. Le retour brutal à notre condition d'enfants commençait dans la douleur et l'interrogation: Comment allait-on compenser nos folles dépenses ?... Nous survécûmes.
La leçon porta ses fruits, nos folies d'ados furent rangées et reportées sine die. Nantis de riches et inégales expériences, nous reprîmes en fin de séjour le chemin de la maison familiale, la tête lourde de souvenirs, avec le sentiment d'avoir appris, parfois à nos dépens, persuadés aussi d'avoir franchi quelques étapes de vie qui, lentement, nous mèneraient vers la maturité.
Aujourd'hui, ce temps des copains perdure en moi en de fabuleux souvenirs,  pour preuve ma mémoire  qui parfois murmure encore, au bord de mes lèvres, les paroles de nos refrains insouciants :
« A la troupe, y'a pas d'jambe de bois,
Y'a des nouilles mais ça n'se voit pas.
La meilleure façon d'marcher, c'est encore la notre,
C'est de mettre un pied d'vant l'autre ,

Et d'recommencer..... »

« Vois tu l'essentiel, c'est d'avoir deux bras.
Aide toi tout seul, le ciel d'aidera... »
                                       A bientôt