Radio Ciel Bleu - 107.1 FM à Béziers Ecouter Radio Ciel Bleu Sports - Web Radio Ecouter Radio Ciel Bleu en live - Web Radio

Le travail d'équipe !

  

 

Pont Vieux Le BEZIERS de notre JEUNESSE . . .

Biterrois, amis et auditeurs de Radio «Ciel Bleu»

 Vous aimez cette rubrique,  certains articles vous parlent.  Faites le savoir. En cliquant sur le lien ci dessous, vous pouvez apporter vos commentaires, vos suggestions. 

Transmettez aussi vos témoignages, éventuellement vos photos illustrant vos propos, par mail  à:   detoutetderien@orange.fr

 

 Te souviens tu, Biterrois ?

Longtemps les Biterrois ont comparé Béziers à un gros village tant on pouvait se retrouver dans notre accent si particulier ou repérer certaines expressions caractéristiques de notre parler.Gamins, on s'interpelait dans la rue "Oh,Piche"!, on se traitait de "closque" ou encore de "botch".

Autour des années 50-60, les Allées Paul Riquet étaient le lieu favori des rencontres. A la belle saison, avant le repas du soir, sitôt sortis du collège ou du travail, les jeunes biterrois y déambulaient en files latérales, garçons d'un côté, filles de l'autre, entre le Théâtre et la statue de Riquet. On faisait les "zuses" comprenez que cette gymnastique pédestre avait pour réputation, un tantinet exagérée, d'user fortement la semelle de nos souliers. Le dimanche matin les plus anciens s'y regroupaient pour commenter les faits divers, les derniers évènements politiques ou pronostiquaient sur les matches à venir, de nos équipes fanions foot ou rugby . Il y avait aussi le kiosque de la place de la Citadelle sous lequel se produisait , souvent avec talent, quelque orchestre et autre clique, pour la joie des grands et des petits.

Vers 17 heures, on croisait des visages familiers dans les bals de villages, à la Maison du Peuple ou encore au Centro Espagnol.

Les fêtes de quartiers étaient nombreuses et prisées. Pour la St. Jean, par exemple, à la tombée de la nuit, sur la place de la Madeleine , le Marché au bois, St Aphrodise et bien d'autres, étaient organisés de grands feux que les plus téméraires sautaient,dans un concert de cris et de chants.

Dès les fortes chaleurs de l'été, les habitants se retrouvaient le soir dans les rues, à la fraîche, devant la porte des maisons; Chacun amenait sa chaise, parfois même une sucrerie volontiers partagée avec les voisins. Des fenêtres grandes ouvertes parvenait la voix nasillarde de quelque commentateur radio.

Bref, des moments de bonheur simple. On se reconnaissait, non sans fierté, Biterrois. On respectait et aimait notre ville.

                                    

                      O  ooo O ooo O ooo O ooo O

Le QUARTIER 

 « Terrible enfance qui ne veut pas mourir » (Alphonse BOUDARD )

Enfant, et jusqu'à l'âge de 12 ans, mon horizon familier s'est résumé au quartier populaire de la TOUR,  entre les Halles, le lycée Henry IV et le boulevard d'Angleterre, à peine élargi, scolarité oblige, vers la place de la Madeleine, le Capnau et l'église St.Aphrodise.

Constitués en bandes de gamins braillards et indisciplinés, nous avions investi la rue comme terrain de nos jeux turbulents., échappant ainsi à la surveillance de parents trop occupés par leur travail. Avec espièglerie et sans une once de culpabilité, on y pratiquait allègrement « le martelet », c'est-à-dire frapper ou sonner à la porte des maisons sans attendre l'arrivée de leurs locataires. Les batailles n'étaient pas rares entre garçons des rues avoisinantes . Elles prenaient fin généralement par des pleurs, un pantalon troué ou une chemise déchirée, un nez sanguinolant ou un genou écorché, que nous évitions de commenter à nos parents dès le retour au bercail.

Une vieille « bérette » bourrée de chiffons et maladroitement ficelée tenant lieu de ballon, nous improvisions, à même le macadam, un féroce match de rugby, imitant avec une fierté insolente nos ainés du stade et qui pouvait s'achever d'un magistral lancer de seau d'eau depuis l'étage d'un résidant exaspéré.

Les fêtes de St. Aphrodise ou de la Madeleine nous donnaient l'occasion d'acheter des pétards mais aussi  les fameux « gisclets », ces pistolets à eau terminés par une poire de caoutchouc que nous alimentions à l'eau des fontaines publiques, parfois du caniveau,  et sacrilège, heureusement plus rarement, avec celle du bénitier. On s'arrosait copieusement entre rivaux déclarés et ce jusqu'à l' heure  des repas, avec évidemment pour cibles recherchées, les jeunes filles apeurées.

Je pense, dans le désordre de ma mémoire défaillante que « la carlingue » emportait la palme de nos occupations ludiques enfantines. Sorte de chariot artisanal extra plat, constitué de simples planches assemblées rustiquement et clouées, équipées de 3 roulements à billes – 2 à l'arrière, la troisième au centre d'un guidon latéral  - nous dévalions avec l'inconscience de la jeunesse, le long de trottoirs bosselés les pentes abruptes du Lycée, du boulevard d'Angleterre ou encore de la terrible Tourventouse, avec comme avertisseur nos cris stridents qui projetaient les passants sur la chaussée,  nos souliers  pour uniques freins  , et,  en urgence…le ruisseau.

                                

                    O  ooo O ooo O ooo O ooo O

La rentrée des classes.

Dans les années 50,  le premier octobre sonnait officiellement la rentrée des classes. Elle intervenait pour notre région en pleine période des vendanges, et avait comme conséquence, de décaler d'une voire deux semaines celle des plus grands, mobilisés par leurs parents aux travaux de la vigne. 

L'école publique élémentaire de garçons LAKANAL jouissait alors, à tort plus que de raison, d'une réputation sulfureuse. Nichée au cœur du CAPNAU, elle accueillait des enfants issus des couches laborieuses de la banlieue ouest de BEZIERS. En outre, la scolarité  obligatoire fixée à 14 ans, les plus jeunes y côtoyaient leurs ainés dont la  différence d'âge pouvait aller jusqu'à 9 ans, ce qui n'était pas sans poser quelques problèmes.

Madame BOUZAT, seule représentante féminine de l'équipe éducative – en ce temps, la majorité des institutrices   était affectée aux Maternelles – avait la délicate charge du cours préparatoire. Enseignaient ensuite, dans l'ordre chronologique, Mrs GARROS, BOUZAT (son époux),MOLIERE et FABRE. Enfin, le Directeur assumait la double responsabilité de l'organisation administrative de l'établissement et de présenter, en fin de cycle, ses élèves au redoutable certificat d'études primaires.

Les effectifs de chaque classe dépassaient allègrement la trentaine.Dans un décor assez dépouillé  de pupitres en bois solidement attachés à leur banc et rigoureusement alignés face à l'imposante estrade surmontée du bureau du magister  et entourée de tableaux noirs, il y régnait, au milieu des odeurs acres et poussiéreuses de la craie, une atmosphère studieuse, craintive et disciplinée.

La matinée commençait par la traditionnelle leçon de morale aussitôt suivie,dans un silence de cathédrale, de  l' interrogation orale. Récitation, tables d 'addition ou de multiplication , leçon de géographie ou d'histoire, autant de sujets à tourments pour nous , pauvres potaches, tétanisés par la  peur d'entendre prononcer notre nom.

Car en ce temps, les punitions n'étaient pas rares. Qu'elles soient pour sanctionner nos insuffisances en matière de connaissances ou nos manquements à la discipline, elles se comptaient par dizaines, centaines de lignes, parfois même par pages de copies ; pouvant aller jusqu'à, suprème contrainte,   être exigées écrites à l'encre avec la plume…sergent Major !!

Toutefois, devant cette écrasante rigueur, notre rouerie enfantine et sans doute le plaisir que procure toute transgression nous conduisaient à d'astucieuses parades allant de l'utilisation du papier carbone, à l'intervention de camarades dans un amoral  échange, vaguement commercial, de billes de verre contre un nombre proportionnel de lignes rédigées.   

Je pense aujourd'hui que nos maitres, soucieux avant tout d'assoir leur autorité, n'étaient cependant pas dupes de nos basses besognes….

 Moment sacré dans les mémoires que celui de la Communale…… (A suivre)

 

 

 

L'heure de la récré.

La Communale renferme dans ses registres un large épisode de notre enfance. C'est le temps de premiers vrais copains, des complicités, des bouderies , des échanges, des trahisons. On s'affublait de sobriquets cruellement évocateurs : le pèque (le petit), bouboule, zinga-zanga (le boiteux), pif, colique, le nimbus (le déjanté)… On s'alliait aussi contre l'adversaire pour se distribuer, dans les moments chauds, quelques moques (coups).

Dans cet univers d'apprentissage, prisonniers de séquences éducatives magistrales que nous dispensaient des maîtres consciencieux mais muselés par le poids de programmes ambitieux, les écoliers ne trouvaient aucune place à la contestation, très peu à la fantaisie. Rien d'étonnant, alors que la créativité juvénile s'exerçat surtout dans les jeux et le cadre étroit de la cour de récréation.

Une bobine de fil aux rebords crantés par la lame d'un canif, deux allumettes, un élastique suffisaient à notre imaginaire pour figurer un tracteur ou un char d'assaut. Avec un bouchon de liège évidé et quelques épingles à tête chapardées à nos mamans, nous élaborions une cage à mouches, capturées habilement d' un rapide tour de main et livrées, sans remord, les yeux grandement ouverts, à des araignées gloutonnes, tapies au fond de la toile. Les palosques, noyaux de cerises lavés et colorés grâce à l'encre rouge et violette de nos pupitres, remplaçaient les billes de verre chez les plus démunis. On frottait encore le noyau d'abricot contre le crépis irrégulier des façades jusqu'à le percer de part en part pour devenir un sifflet .L'embouchure en fonte des chéneaux, la gorgue, servait de point départ aux poursuites de billes, à travers un parcours sinueux tracé sur le sol, à la craie. : « Trou…bosse…planche…esse… », les osselets claquaient sur le pavé à l'entrée des salles de classe, dirigés par des doigts experts et ces commandements impératifs. Des parties animées qui pouvaient conduire à de vives algarades, parfois des prises de col, promptement réprimées par l'adulte, mais que nous jurions poursuivre plus tard…  « à la sortie, dans la rue ! » .

Quelquefois, au printemps, à l'apparition des premiers rayons du soleil, et principalement le mercredi après-midi, notre instit nous conduisait à la Plantade. Là, dans un espace verdoyant et enfin élargi, avec la force de nos poumons et La souplesse de nos jeunes jambes, nous libérions nos cris et notre plein d'énergie trop longuement contenus.

Cerise sur le gâteau, le samedi après-midi, si ma mémoire est bonne, une projection cinématographique mensuelle nous proposait les burlesques tribulations de Charlot, Laurel et Hardy ou autre Buster Keaton. Dans un brouhaha inhabituel et partiellement autorisé, une hilarité collective s'emparait de nous, qui promettait, au sortir du spectacle, une reprise en main… musclée.

Certains maîtres, moyennant une faible rétribution parentale, assuraient après la classe et auprès d' élèves en difficulté, une heure d'étude consacrée en priorité, aux devoirs du lendemain. La rigueur n'excluait pas l'humain, l'école et la maison allaient dans le même sens.

                         O  ooo O ooo O ooo O ooo O

Vendanges

 

"J'ai mis au fond de mon panier, ma serpette et mon tablier.

tape des pieds !

les vendangeurs m'ont fait signe, je suis rentré dans les vignes

et j'ai cueilli le raisin. frappe des mains !" ( ronde enfantine)

 

Mi septembre.Il est bientôt 7 heures, après les fortes chaleurs de l'été, la fraîcheur matinale surprend, bien que la journée s'annonce ensoleillée. Hommes et femmes vêtus de tabliers, chapeaux à large bord, foulards bariolés ou encore bérets noirs, progressent d'un pas alerte vers le vignoble, en cortège désordonné. Ils sont 8 coupeurs – des femmes en majorité – , 2 solides gaillards, les porteurs de «sémals» (comportes), un autre pour vider les seaux et le dernier, muni de la «quiche» (masse de bois), pour écraser le raisin. C'est la composition classique d'une « colle » de moyenne propriété viticole. Déjà, la charrette hippomobile les attend patiemment en bordure de la vigne, les lourdes comportes de bois disposées à intervalles réguliers au milieu des rangées.

Tels une nuée de moineaux affamés, les vendangeurs s'agitent maintenant autour des ceps, les yeux fixés sur les grappes, dos douloureusement courbés. A deux souches devant, la meneuse imprime la cadence, rythmée par le cliquetis des mâchoires du sécateur et le son mât des grappes qui tombent dans le seau . «Lou farat» !!, le videur n'a pas le temps d'allumer sa cigarette que déjà se remplissent les comportes… Un grappillon oublié, là, sur cette souche ! L'occasion est belle, la sanction immédiate : un jeune homme surgit, le cueille et barbouille le visage de la malheureuse étourdie…avec encore plus de conviction si la fille est jolie. " La capounade "!!  On farcit ses habits de feuilles de vigne arrachées vivement des rameaux. Un moment de franche rigolade sous l'œil attendri et vaguement nostalgique des ainés.

A présent, la charrette s'ébranle sur le chemin de terre, en direction de la cave coopérative, et ploie sous le poids de son chargement, dans un gémissement de fer et de bois . C'est l'instant choisi par les vignerons pour un rapide déjeuner. Installés à l'ombre des amandiers, ils ouvrent leur «saquette» (le sac), échangent quelques paroles…évoquent leur région.

Les parcelles de vignes sont de grandeur inégale, parfois éloignées. La plaine produit un aramon abondant et juteux – jusqu'à un seau par souche! - mais de médiocre qualité comparé à la variété des côteaux. A son retour de la coopé, le charretier informera du degré alcool enregistré.

Une tâche pénible, néanmoins bien rétribuée au regard d'un salaire journalier d'ouvrier, ce qui incite certains à poser leurs congés annuels pour rentrer la récolte. On vient en famille, parfois avec des enfants de 12 ans à peine, depuis la ville ou les villages voisins du Tarn ou de l'Aveyron. D'autres encore d'Espagne, Valencia, Castellon ou Murcia, se louent sur plusieurs campagnes. Logés de façon rustique dans une grange ou un grenier, leur vie communautaire s'organise autour des bâtiments viticoles, ils y préparent leur popote, soignent leurs lombaires.

Ce séjour qui paraissait interminable se clôture enfin par «la soulenque», petite fête improvisée par les patrons ou le ramonet (le régisseur) autour d'un bonne bouteille de blanc et quelques biscuits, quelquefois, une paella. Oubliés la fatigue, le mal aux reins ; c'est jour de paie ; quelques litres de vin la complètent .On rit, on chante... on promet de se retrouver ...«aqui, l'an que ven».... Adiou.

 

 

                            

                     O  ooo O ooo O ooo O ooo O

Notre CINEMA

Fleuron des loisirs durant les années 50 à 70, le cinéma s'y dégustait sans modération dans des salles immenses dont certaines avaient la configuration du théâtre qu'elles venaient de détrôner: vaste parterre, balcons avec loges, avant-scène…le rideau rouge s'effaçait sur l'écran blanc de nos rêveries à l'heure de la projection. En ce temps, on en comptait 17 à Béziers, les plus spacieuses pouvant contenir plus de mille places! L'automobile-évasion n'était pas encore accessible à la masse populaire et la télévision commençait timidement sa conquête du grand public en entrouvrant la porte des cafés qui aspiraient leurs consommateurs du dimanche vers quelque retransmission sportive ou de variétés en différé.

Le ROYAL, le PALACE, les VARIETES et ses 3 salles, le KURSALL le RITZ, le VOX et le TRIANON garnissaient le pourtour des Allées. Les mardi, jeudi et samedi, jours ouvrés en semaine, proposaient une séance en matinée une autre en soirée…une dominicale supplémentaire l'après-midi. La programmation était hebdomadaire et, selon la qualité de l'affiche, on pouvait en hiver faire la queue devant les guichets jusqu'à ¾ d'heure! Les meilleures places étaient numérotées. Le cinéma LUX s'était spécialisé dans la présentation de films comiques à grosse farce ou d'aventures épiques tels les westerns et péplums; sa séance du jeudi faisait le plein de scolaires. On s'identifiait aux G.COOPER, R.SCOTT, R.TAYLOR, K.DOUGLAS, J.WAYNE… on badait les exploits de ces héros d'illusion, habilement servis par des scénarios happy end où le bien triomphait du mal et dont les conquètes fémines V.MAYO, G.KELLY, A.GARDNER ou L.TAYLOR excitaient nos libidos d'adolescents.

Le PALACE, les VARIETES , le ROYAL ou encore le KURSALL se réservaient à une clientèle adulte, projetant des romans d'amour, des dramatiques chargées en émotion, quelques sujets à thèse ou des fresques historiques à grand spectacle. Les opérettes de Francis LOPEZ avaient leurs partisans et son acteur mythique, Luis MARIANO, attirait à tout coup une assistance conquise et inconditionnelle, à forte résonnance hispanique.

Immortalisée par E.MITCHELL dans son émission télévisée «la dernière séance» , la représentation s'articulait en 3 parties: documentaire suivi des actualités nationales et internationales, un entracte bonbons, caramels et chocolats glacés avec publicités en images, quelques fois sur scène un chanteur, magicien ou chansonnier et enfin le film à l'affiche.

                                 

                         O  ooo O ooo O ooo O ooo O

Le ventre de BEZIERS

« Tentez votre chance…belles et rebelles !! » L'appel strident et inventif des chalands en quête de clientèle, leurs charrettes à bras qui martyrisent le pavé, portant les précieuses cagettes remplies de fruits et légumes de saison .... Il flotte sur la place une atmosphère bruyante et travailleuse, chargée des senteurs captivantes et sucrées de melons mûrs ou de pêches roses, avec, en toile de fond, ces petits bouquets de plantes sauvages qui poussent dans notre région et dont le seul arôme suffit à retenir la cuisinière . Forcément, depuis le temps, les images ont vieilli mais ce périmètre des Halles jusqu'à la Madeleine a laissé dans la mémoire de Josette une trace indélébile. Ses parents y tenaient un modeste étal. C'est là encore qu'elle rencontre André, son futur mari, employé par un marchand primeur, et qui lui aussi se souvient.

Dans les années 60, le quartier représentait le véritable ventre de Béziers. Autour de la place de l'église et des halles on dénombrait pas moins de 15 magasins primeurs spécialisés dans la vente en gros. Leur nom s'affichait sobrement, en lettres grasses et régulières, sur une étroite bande de toile au dessus de la devanture  : BARTOLOZZI, DOLSA, FELIU, FORTO, FRONTERA, LOMBARTE, MAYOL, SICILIANO…parmi bien d'autres.

«Trois jours par semaine, les mardi, jeudi et samedi, c'était grand marché, précise André R., les autres jours, on allait s'approvisionner vers les P.O., ou dans les ports, en particulier Port Vendre pour les produits en provenance d'Amérique latine et Sète, pour ceux d'Afrique du Nord. Dès 2 h.du matin, sans aucun respect pour le sommeil des riverains, les grossistes s'activaient autour des camions dans un bourdonnement amplifié de moteurs, de chocs de caisses, d' invectives proférées par des commerçants sédentaires, furieux de la concurrence déloyale des "sans boutique", installés sur le trottoir .» Folklore assuré à une époque où la publicité, peu dépendante de la sono, affiches ou néons, se faisait surtout par le talent persuasif et percutant du langage !

«Il y avait aussi, en bordure de chaussée, le coin des étrangers à la ville, venus de Brusque ou Murat, tels Rouquette, Sospédra qui réalisaient leurs ventes à l'arrière de leur véhicule…. L'hiver, pour ranimer nos doigts gourds, on allumait des braséros puis avec la braise, on préparait de caloriques petits-déjeuners…à la fourchette.»

Les emballages étaient récupérés. Des piles allant jusqu'à 30 caisses en bois, portées à la force des bras, étaient propulsées en courant dans le fond des camions."A 8 heures, après avoir débarrassé la place et passé le relais aux détaillants, les grossistes partent fournir en produits maraichers frais les multiples petites épiceries qui ravitaillent la cité. La vente au public commence dans un calme relatif; bientôt, les ménagères munies de leurs sacs, cabas et autres paniers occuperont l'espace.

André conclut : « Les tractations financières entre grossistes et détaillants s'opéraient directement , de gré à gré, rarement par écrit, dans le respect de la parole donnée…. En 1971, pour des raisons évidentes, le commerce de gros a fermé, trop à l'étroit dans son cœur de ville . Avec l'ouverture du Marché- gare de la Devèze, le contact entre marchands et public a disparu et ce genre de vente a rapidement périclité. » L'ambiance était cassée. Le négoce en gros prenait une nouvelle orientation, découvrait des pratiques modernes moins contraignantes. La transaction commerciale informatisée pointait déjà le bout du nez ... Quant aux détaillants, ils allaient migrer en 1985, sur les Allées...au pied de la statue de Riquet. (à suivre)